
Préparer son voyage · Formalités
Est-il dangereux de voyager en Colombie ?
En bref
- La Colombie a profondément changé depuis les accords de paix de 2016 et le tourisme y a explosé : l'immense majorité des séjours se passent sans souci.
- Le vrai risque est la petite délinquance urbaine (vol à l'arraché, à la tire), pas la violence contre les touristes.
- L'adage local no dar papaya résume tout : discrétion, pas de téléphone ni de bijoux en vue, taxis via appli, retraits prudents.
- Ne jamais accepter une boisson d'un inconnu (burundanga), éviter certaines zones reculées et vérifier les recommandations officielles de son pays avant de partir.
Je vais être honnête : avant de partir, j'ai eu peur. La Colombie traînait dans ma tête une réputation de films et de gros titres, et quand j'ai annoncé le voyage autour de moi, tout le monde y est allé de son commentaire inquiet. Puis j'ai atterri à Bogotá un soir de pluie fine, un chauffeur souriant m'a aidée avec ma valise trempée, et la première chose qu'on m'a offerte le lendemain, c'était un tinto, ce petit café noir sucré qu'on boit debout au coin de la rue. La peur ne s'est pas envolée d'un coup. Elle a juste commencé à ne plus coller à ce que je voyais.
Alors non, la Colombie n'est pas le pays que beaucoup imaginent encore. Elle a énormément changé. Ça ne veut pas dire qu'on y débarque le nez au vent : ça veut dire qu'on y voyage comme dans beaucoup de grandes destinations d'Amérique latine, avec de la vigilance ordinaire et deux ou trois réflexes qui font toute la différence. Je vais vous raconter ce que j'ai compris sur place, sans enjoliver et sans dramatiser.
Le pays d'avant et le pays d'aujourd'hui
La Colombie a vécu des décennies très dures, ça, personne ne le nie là-bas. Mais les accords de paix signés en 2016 ont refermé une longue période de conflit, et le tourisme a explosé dans les années qui ont suivi. J'ai croisé des routards australiens à Salento, des familles françaises à Carthagène, des digital nomads installés pour des mois à Medellín. On ne se retrouve pas seule au bout du monde : on rejoint un flux de voyageurs qui grossit chaque année.
L'immense majorité des séjours se passent sans le moindre souci. Vraiment. Les histoires qui circulent concernent presque toujours des vols, rarement de la violence contre les touristes. Ce n'est pas un hasard si les grandes villes andines et la côte caraïbe sont devenues des destinations que l'on recommande sans hésiter. La vigilance reste de mise, comme à Naples, à Barcelone ou à Rio, ni plus ni moins selon les endroits. Pour l'organisation pratique en amont, entre le passage à la frontière et les formalités d'entrée et la préparation du budget sur place, rien de sorcier non plus.
« No dar papaya », la phrase qui résume tout
Si je ne devais retenir qu'une seule chose, ce serait celle-là. Les Colombiens ont une expression que l'on m'a répétée dès les premiers jours : « no dar papaya ». Littéralement, ne pas donner de papaye. En clair, ne pas tendre le bâton pour se faire battre, ne pas tenter le diable, ne pas offrir l'occasion. C'est presque une philosophie du quotidien, et elle vaut pour les habitants eux-mêmes, pas seulement pour les touristes.
Concrètement, ça veut dire quoi ? Ne pas sortir son téléphone dernier cri au milieu d'un trottoir bondé pour vérifier son itinéraire. Ne pas exhiber de bijoux, de montre voyante, d'appareil photo pendu au cou dans un quartier populaire. Ranger son sac devant soi dans les transports. Ne pas laisser traîner son portable sur la table d'une terrasse. Rien de dramatique, juste de la discrétion. J'ai vite pris le pli : je gardais mon téléphone dans une poche fermée, je sortais juste ce dont j'avais besoin, et je me fondais dans le décor plutôt que d'annoncer « touriste » à trois mètres.
Cette idée m'a rassurée plus qu'elle ne m'a stressée, au fond. Elle transforme la sécurité en une série de petits gestes qu'on maîtrise, au lieu d'une angoisse floue qu'on subit.
Le vrai risque : la petite délinquance urbaine
Le danger le plus courant n'a rien de spectaculaire. C'est le vol. Vol à l'arraché, vol à la tire, portable qu'on vous arrache des mains à un feu rouge, sac ouvert dans une foule. Ça arrive surtout dans les grandes villes, aux abords des marchés, des terminaux de bus, dans les rues animées le soir. La parade tient en une phrase : ne rien avoir de précieux à portée de main quand on ne peut pas le surveiller.
J'ai adopté quelques habitudes toutes bêtes. Un petit sac porté en bandoulière devant moi. Une somme de liquide séparée en deux, un peu dans la poche, le reste caché ailleurs. Une carte bancaire de secours restée à l'hôtel. Et surtout, cette règle que je me répétais : dans le doute, on n'insiste pas. Si quelqu'un veut mon téléphone, il l'aura, il ne vaut pas un mauvais geste. Les vols tournent mal quand on résiste, presque jamais quand on lâche l'objet. C'est froid à écrire, mais c'est le bon réflexe.
Pour circuler entre deux points en ville, j'ai vite compris qu'il valait mieux réfléchir un minimum à ses déplacements. Les options de transport d'une région à l'autre sont nombreuses et globalement fiables, mais à l'échelle d'un quartier, c'est le bon sens qui prime.
Taxis, retraits, quartiers et heures
Trois ou quatre réflexes m'ont accompagnée partout. D'abord les taxis : je commandais presque toujours une voiture via une application plutôt que de héler un véhicule dans la rue. La course est tracée, le prix connu à l'avance, le chauffeur identifié. C'est plus tranquille, surtout le soir, surtout seule.
Ensuite les retraits d'argent. Je privilégiais les distributeurs à l'intérieur des banques, des centres commerciaux, des lieux fréquentés et éclairés, jamais un automate isolé dans une ruelle sombre. Je retirais en journée, je rangeais tout de suite, je ne recomptais pas mes billets sur le trottoir. Là encore, no dar papaya.
Les quartiers, enfin, et les heures. Chaque ville a ses zones où l'on flâne sans souci et d'autres où l'on ne s'aventure pas la nuit. Je demandais systématiquement à mon hébergeur : quels coins éviter après la tombée du jour ? La réponse était toujours claire et précise, les Colombiens n'ont aucun tabou là-dessus, ils vous le disent franchement. À Bogotá comme ailleurs, se renseigner sur les quartiers de la capitale avant de sortir change tout. Le jour, on marche presque partout. La nuit, on prend un taxi même pour dix minutes.
Les petites arnaques dont on se méfie
Au-delà du vol pur, il y a tout un registre d'arnaques bénignes mais agaçantes, celles qui visent le portefeuille sans jamais brusquer. Le faux taxi qui gonfle la course, le billet rendu incomplet dans la pénombre, le vendeur trop pressant qui vous colle un bracelet au poignet pour ensuite réclamer de l'argent. Rien de grave, mais on se fait avoir vite quand on débarque et qu'on ne connaît ni les prix ni les codes.
Ma parade a été toute simple : je me renseignais à l'avance sur l'ordre de grandeur d'une course ou d'un plat, je payais autant que possible avec l'appoint, et je vérifiais toujours ma monnaie sans me presser. J'ai aussi appris à dire non fermement mais avec le sourire, ce qui suffit dans l'écrasante majorité des cas. Les Colombiens détestent qu'on donne une mauvaise image de leur pays, et il m'est arrivé qu'un passant intervienne spontanément pour me prévenir qu'un prix était abusif. Cette solidarité m'a bluffée plus d'une fois. On surveille son argent comme partout ailleurs, sans pour autant voir un escroc derrière chaque sourire, parce que la plupart des sourires sont sincères.
Un dernier point qui m'a servi : garder sur soi une petite réserve de liquide pour les imprévus, en pensant à la provisionner dans l'enveloppe globale du voyage. Ça évite de sortir sa carte ou une grosse liasse au mauvais moment.
Les risques et leurs parades, en un coup d'œil
Pour poser les choses simplement, voici ce que j'ai retenu de mes semaines sur place. Rien d'anxiogène : juste des situations concrètes et le geste qui va avec.
| Situation | Précaution |
|---|---|
| Marcher en ville, téléphone à la main | Le garder dans une poche fermée, ne le sortir qu'à l'abri d'un café ou d'un magasin |
| Se déplacer le soir | Commander un taxi via une appli, éviter de marcher seule dans les rues désertes |
| Retirer de l'argent | Distributeur en intérieur, en journée, ranger aussitôt, ne pas recompter dehors |
| Porter sac et objets de valeur | Sac devant soi, bijoux et montres voyantes laissés à l'hôtel |
| Boisson ou nourriture offerte par un inconnu | Refuser poliment, ne jamais laisser son verre sans surveillance |
| Envie d'aller dans une zone reculée | Se renseigner sérieusement avant, suivre les conseils locaux et officiels |
La burundanga, ce nom qui fait peur à raison
Il y a un risque dont on parle moins dans les guides mais qui revient dans les conversations sur place : la scopolamine, que les Colombiens appellent la burundanga. C'est une substance qui rend la victime docile et amnésique, utilisée pour dépouiller quelqu'un sans qu'il s'en souvienne. On m'en a parlé plusieurs fois, toujours avec le même conseil.
Ne jamais accepter une boisson, un chewing-gum, une cigarette, un en-cas d'une personne qu'on ne connaît pas. Ne jamais laisser son verre sans surveillance dans un bar. Se méfier des rencontres trop rapides, trop chaleureuses, trop insistantes, surtout la nuit et surtout après quelques verres. Ça vise autant les hommes que les femmes, souvent d'ailleurs des voyageurs abordés dans une ambiance festive. La parade est simple et je m'y suis tenue : je ne buvais que ce que j'avais commandé et vu servir, et je gardais un œil sur mon verre. Ça n'empêche pas de faire de belles rencontres, ça filtre juste celles qui sentent mauvais.
Ma peur du départ, ce sont les Colombiens eux-mêmes qui l'ont désamorcée, à force de me dire franchement où aller et où ne pas traîner.Salomé Vaneau
Les zones où l'on ne s'aventure pas à l'aveugle
La Colombie est immense et très contrastée. Les circuits touristiques classiques, villes coloniales, côte caraïbe, zone caféière, sont largement sécurisés et rodés. Mais certaines régions reculées, souvent frontalières ou isolées, restent déconseillées, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec le voyageur lambda. On n'y va pas par curiosité, on ne s'improvise pas explorateur.
Le bon réflexe, et je ne saurais trop insister, c'est de vérifier les recommandations officielles de votre propre pays avant et pendant le voyage. Les ministères des affaires étrangères tiennent des cartes des zones à éviter, mises à jour régulièrement. C'est la source fiable, pas les rumeurs d'un forum ni le récit d'un ami parti il y a dix ans. La situation évolue, dans le bon sens la plupart du temps, mais elle évolue, alors on se renseigne à la source au moment de partir. C'est aussi ce que je conseillerais pour tout ce qui touche à la santé : un professionnel, pas un article.
Voyager seule, est-ce raisonnable ?
J'ai fait une partie du trajet seule, et c'est une question qu'on me pose souvent. Ma réponse tient en une nuance : oui, à condition d'appliquer exactement les mêmes réflexes qu'ailleurs, avec peut-être un cran de vigilance en plus le soir. Je n'ai jamais ressenti d'hostilité, plutôt une curiosité bienveillante et beaucoup d'entraide. On m'a raccompagnée, prévenue, conseillée, spontanément.
Ce qui aide, c'est de rester dans des hébergements bien situés, de prévenir quelqu'un de ses déplacements, de faire confiance à son instinct quand une situation semble bancale. Rien de bien différent de ce que ferait une voyageuse avertie dans n'importe quelle grande ville du monde. Si le sujet vous travaille, j'ai détaillé mon expérience dans un article dédié au voyage en solo en Colombie, avec des conseils plus fins que je ne peux pas tous caser ici.
Ce que j'en retiens, tranquillement
La Colombie m'a demandé de la vigilance, pas du courage. Nuance énorme. Je ne suis jamais partie la boule au ventre le matin, je ne suis jamais rentrée soulagée d'avoir survécu. J'ai marché dans des villes vivantes, mangé des arepas au coin d'une place, dansé maladroitement une salsa à Cali, et rangé mon téléphone quand la foule devenait dense. Ces deux choses cohabitent sans problème.
Est-ce dangereux de voyager en Colombie ? Pas plus que dans bien des endroits qu'on visite sans y penser, à condition d'avoir intégré le no dar papaya et de se renseigner sérieusement avant de sortir des sentiers battus. Le pays a tourné une page, l'accueil y est chaleureux au-delà de ce que j'espérais, et la peur du départ finit presque toujours par ressembler à un vieux préjugé qu'on a envie de corriger auprès de ses proches en rentrant. Moi, en tout cas, c'est ce que je fais depuis.
Teste-toi
Que signifie l'expression colombienne no dar papaya ?
Questions fréquentes
Non, sauf situation exceptionnelle signalée par les autorités. Les circuits touristiques classiques sont rodés et sûrs à condition d'appliquer les réflexes de base. Vérifiez juste les recommandations officielles de votre pays au moment de partir.
Les grandes villes andines comme Bogotá et Medellín ainsi que la côte caraïbe autour de Carthagène accueillent énormément de voyageurs. Chaque ville a ses quartiers tranquilles et d'autres à éviter la nuit : demandez conseil à votre hébergeur, ils répondent sans tabou.
Ne jamais accepter de boisson, cigarette ou nourriture d'un inconnu, et ne jamais laisser son verre sans surveillance dans un bar. Méfiez-vous des rencontres trop insistantes en soirée. Ça concerne autant les hommes que les femmes.
Voyager seule reste tout à fait faisable avec les mêmes réflexes qu'ailleurs et un cran de vigilance en plus le soir. J'y ai trouvé beaucoup d'entraide et de bienveillance. Hébergements bien situés, taxis via appli et confiance en son instinct suffisent le plus souvent.