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Les Islas del Rosario

IMG hero (Nano Banana) : vue aérienne des Islas del Rosario en Colombie, archipel corallien dans une eau turquoise laiteuse, récif visible sous la surface, îlots plantés de cocotiers, quelques bateaux blancs, lumière tropicale de fin de matinée

En bref

Le bateau a quitté la jetée de Carthagène vers neuf heures, chargé à ras bord, moteur hurlant, et pendant quarante minutes j'ai surtout senti mes reins encaisser chaque vague. On était une vingtaine à bord, glacières, enceintes bluetooth, gilets orange enfilés à la va-vite. Puis la ville a disparu derrière nous et l'eau a changé de couleur. D'abord ce vert un peu trouble des abords du port, ensuite un bleu franc, et enfin, quand les premiers îlots des Rosario sont apparus, ce turquoise clair et laiteux qu'on ne croit qu'en le voyant. J'ai arrêté de compter les secousses.

Les Islas del Rosario, c'est un chapelet d'une trentaine d'îles et d'îlots coralliens posés à une petite heure au sud de Carthagène, classés en parc national pour protéger un des rares récifs vivants de cette partie de la côte. On y va pour l'eau, le masque, le tuba, les mangroves. Et pour cette bascule que je vais vous raconter, celle du milieu d'après-midi quand tous les bateaux repartent et qu'il ne reste plus que le clapot.

Un archipel corallien juste au large de Carthagène

Sur une carte, les Rosario ressemblent à des miettes semées entre la presqu'île de Barú et le large. Une trentaine de bouts de terre, dont beaucoup tiennent dans un terrain de foot, plantés sur un plateau corallien peu profond. C'est ce récif qui fait tout: il casse la houle, garde l'eau calme et lui donne cette clarté de piscine. La zone est protégée depuis longtemps, on la range dans un parc national marin, et ça se sent aux consignes qu'on vous répète à l'arrivée sur le corail, sur les ancres, sur ce qu'on ne ramasse pas.

La plupart des visiteurs partent le matin de Carthagène et rentrent le soir. C'est le grand classique, et c'est aussi le piège si on cherche le calme, parce qu'on voyage alors dans le même créneau que tout le monde. J'y reviendrai. Sachez déjà que l'archipel se visite en excursion à la journée ou en dormant sur place, et que ces deux Rosario n'ont presque rien à voir l'un avec l'autre. Si vous préparez votre étape sur la côte, un détour par Carthagène des Indes s'impose de toute façon avant de prendre le bateau, c'est de là que partent les sorties.

Le chapelet d'îlots coralliens vu depuis le bateau · IMG : vue aérienne des Islas del Rosario en Colombie, chapelet d'îlots coralliens dans une eau turquoise laiteuse, récif visible sous la surface, quelques bateaux blancs, ciel tropical

Masque, tuba et le récif juste sous la surface

La première fois que j'ai mis la tête sous l'eau ici, j'ai eu ce réflexe idiot de remonter tout de suite pour vérifier que je ne rêvais pas. Le fond était à trois mètres, net, éclairé, avec des patates de corail brun et jaune, des bancs de petits poissons rayés, un poisson-perroquet qui grignotait tranquillement sans se soucier de moi. On m'avait vendu un récif abîmé, dégradé par les années et le tourisme, et il y a de ça par endroits, du corail blanchi, cassé. Mais il reste de belles zones vivantes, surtout si on s'éloigne un peu des pontons bondés.

Le snorkeling se fait presque partout, du bord ou depuis une lancha qui vous dépose sur un haut-fond. Pour la plongée bouteille, plusieurs clubs sérieux opèrent depuis Carthagène ou depuis les îles, avec des tombants et des jardins de corail à quelques palmes. Je ne suis pas un plongeur assidu, mais la visibilité m'a rappelé mes meilleures sorties dans la Caraïbe. Un conseil que j'aurais aimé recevoir: mettez un tee-shirt dans l'eau plutôt que de la crème solaire chimique, le corail vous dira merci, et vous crâmerez moins le dos à flotter le nez en bas pendant une heure.

Le fond était à trois mètres, net, et un poisson-perroquet grignotait le corail sans même me regarder. J'ai remonté la tête pour être sûr de ne pas rêver.Aurèle Vanhove

Mangroves, aquarium et le petit monde de San Martín

Les Rosario ne sont pas qu'une carte postale bleue. Entre les îles se glissent des mangroves, ces forêts sur pilotis les pieds dans l'eau salée, qu'on traverse en canoë ou en petite barque à moteur coupé. J'ai fait une de ces sorties un matin tôt, guidé par un gars du coin qui connaissait chaque tunnel de racines. On avançait dans un silence vert, l'eau était noire de tanin, des crabes filaient sur les troncs et des oiseaux qu'il nommait au vol partaient devant l'étrave. Rien de spectaculaire au sens des brochures, et pourtant c'est le souvenir qui m'a le plus marqué.

Beaucoup d'excursions incluent l'aquarium de l'île de San Martín, un bassin naturel où l'on montre dauphins, requins nourrices, raies et tortues. Je vais être franc: j'ai un rapport compliqué avec ce genre d'endroit. Les spectacles de dauphins me mettent mal à l'aise, et je préfère de loin voir un poisson libre sous mon masque qu'un dauphin qui saute à la commande. À vous de voir. Si vous voyagez avec des enfants, ça peut être un moment fort de la journée; sinon on peut zapper et rester dans l'eau. On vous le vendra souvent comme inclus, ça ne l'est pas toujours, l'entrée se paie parfois à part.

Un canoë glissé entre les racines de la mangrove · IMG : tunnel de mangrove aux Islas del Rosario, racines entrelacées au-dessus d'une eau sombre et calme, canoë en bois, lumière verte tamisée, ambiance silencieuse

La journée type, avec Playa Blanca en prime

La formule la plus courante ressemble à ça. Départ le matin du quai de Carthagène, une petite heure de bateau vers l'archipel, un ou deux arrêts snorkeling, souvent l'aquarium de San Martín, un déjeuner de poisson frit et riz à la noix de coco sur une île, puis le retour l'après-midi par la plage de Playa Blanca sur Barú, ce ruban de sable blanc qu'on rejoint à la fin. Sur le papier c'est parfait. Dans les faits, tout le monde suit le même rail, et Playa Blanca en début d'après-midi ressemble à une fourmilière de parasols et de vendeurs.

Le hic de la journée, c'est le rythme. On passe beaucoup de temps dans le bateau, on court après le programme, et les meilleurs moments, quand l'eau est encore lisse et les îles vides, tombent tôt le matin ou tard, une fois les excursions reparties. Si vous ne pouvez faire qu'une journée, prenez un départ matinal, choisissez un opérateur qui limite le nombre de passagers, et acceptez l'idée que vous partagerez l'eau. Pour comparer les différents littoraux du pays avant de choisir, ce tour d'horizon des plages colombiennes aide à situer les Rosario dans l'ensemble.

FormuleCe qu'on y faitPour qui
Excursion journée en bateau collectifSnorkeling, aquarium San Martín, déjeuner, arrêt Playa Blanca au retourPetit budget, une seule journée dispo, on accepte la foule
Journée en lancha privée ou petit groupeSpots de snorkeling au choix, moins de monde, rythme soupleCouples, familles, qui veulent respirer un peu
Nuit en écolodge sur une îleLe calme après le départ des bateaux, coucher et lever de soleil, mangrove tôtQui cherche le silence et le vrai contact avec l'archipel
Sortie plongée bouteilleTombants et jardins de corail avec un club encadréPlongeurs certifiés ou baptême encadré

Dormir sur une île, quand tout le monde repart

C'est ce que je recommanderais si le temps et le budget le permettent. Passer une nuit dans un des écolodges de l'archipel change complètement l'expérience. Vers seize heures, les derniers bateaux de la journée relèvent l'ancre, les enceintes se taisent, les parasols se replient, et il reste quoi, quinze personnes sur l'île au lieu de trois cents. J'ai vécu ce basculement une fois et je m'en souviens comme d'un des plus beaux moments de mon voyage en Colombie. Le clapot, un pélican qui pêche, la lumière qui vire à l'orange, et cette eau soudain rendue à elle-même.

Il faut savoir à quoi s'attendre. Sur ces îles, l'électricité tourne souvent au générateur quelques heures, l'eau douce est comptée, le réseau va et vient. C'est rustique, parfois cher pour ce que c'est, et le confort n'est pas celui d'un hôtel de Carthagène. Mais le lever de soleil sur une mer vide, avant l'arrivée de la première lancha du matin, ça ne s'achète nulle part ailleurs. Si vous hésitez entre les Rosario et une autre île colombienne, sachez que l'île de San Andrés, beaucoup plus loin dans les Caraïbes, joue une tout autre partition, plus grande et plus vivante.

Seize heures, les bateaux partent, l'île se vide · IMG : petite île des Islas del Rosario en fin d'après-midi, plage de sable blanc presque déserte, hamac entre deux cocotiers, lumière chaude rasante, mer turquoise calme et vide de bateaux

Protéger le corail, ce n'est pas un slogan

Le récif des Rosario a morflé. Années de tourisme de masse, ancres jetées n'importe où, crèmes solaires par centaines de litres, réchauffement de l'eau. Une partie du corail est morte ou blanchie, et ça se voit sous le masque par endroits. La bonne nouvelle, c'est qu'il reste des zones bien vivantes et des gens qui bossent à les préserver, avec des pépinières de corail et des règles plus strictes. Notre part à nous, visiteurs, est minuscule mais réelle.

Concrètement: on ne touche pas le corail, on ne pose pas le pied dessus, on ne ramasse rien, coquillage ou morceau de récif. On préfère un tee-shirt et un lycra à la crème solaire, ou au minimum une crème dite compatible récif. On ne nourrit pas les poissons. Et on choisit, quand on peut, un opérateur qui respecte les distances et ne surcharge pas ses bateaux. Ça paraît évident écrit comme ça, mais sur place, entre la chaleur et l'excitation, on oublie vite. Moi le premier, la première fois.

Y aller, et à quelle saison

Tout part de Carthagène. Les bateaux collectifs quittent le quai touristique en fin de matinée, les sorties privées et les transferts vers les lodges se calent avec votre hébergement. Comptez une petite heure de traversée pour les îles proches, un peu plus pour les plus éloignées. On paie souvent une taxe d'entrée dans le parc et une taxe portuaire au départ, gardez un peu de liquide pour ça, et présentez-vous tôt, les meilleurs créneaux d'eau calme sont le matin.

Pour la météo, la saison sèche du début d'année, de décembre à mars environ, donne l'eau la plus lisse et la meilleure visibilité sous le masque. La période plus humide amène des averses, un peu de houle et parfois une mer trouble qui gâche le snorkeling. J'y étais en saison intermédiaire et j'ai eu de l'eau claire le matin, quelques grains l'après-midi, rien de grave. Avant de bloquer vos dates, ce guide sur la meilleure période pour partir en Colombie aide à faire coïncider la côte Caraïbe avec le reste de votre itinéraire.

Les Rosario tiennent leur promesse à condition de choisir son moment. En journée bondée, c'est joli mais convenu, une case à cocher entre deux visites de Carthagène. En prenant le temps d'y dormir, ou au moins de partir aux aurores, ça devient autre chose: un archipel corallien rendu au silence, une eau de piscine géante, et cette sensation rare d'avoir une île presque pour soi le temps d'un coucher de soleil.

Teste-toi

Quel est le meilleur moment pour profiter du calme et de l'eau claire aux Islas del Rosario ?

Questions fréquentes

Les bateaux partent du quai touristique de Carthagène. Comptez une petite heure de traversée pour les îles proches, en bateau collectif le matin ou en lancha privée. On paie généralement une taxe d'entrée du parc et une taxe portuaire, prévoyez un peu de liquide.

La journée suffit pour voir l'essentiel: snorkeling, aquarium, arrêt à Playa Blanca. Mais c'est souvent bondé et minuté. Dormir une nuit en écolodge fait vivre le calme de l'archipel une fois les bateaux repartis, avec le coucher et le lever de soleil pour soi.

Oui, même si le récif est abîmé par endroits. Il reste de belles zones vivantes, avec des poissons colorés dans une eau très claire, surtout en s'éloignant des pontons bondés et en y allant le matin quand la mer est calme.

Non, Playa Blanca est une plage de la presqu'île de Barú, distincte de l'archipel, mais elle est souvent incluse au retour des excursions aux Rosario. En début d'après-midi elle est très fréquentée, avec beaucoup de parasols et de vendeurs.