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San Andrés

IMG hero (Nano Banana) : vue aérienne de l'île de San Andrés en Colombie, mer aux sept couleurs déclinant tous les bleus et verts, récif corallien visible sous l'eau, plages de sable blanc, cocotiers, lumière tropicale éclatante

En bref

La première fois que l'avion a amorcé sa descente sur San Andrés, j'ai collé mon front au hublot comme un gamin. En dessous, la mer n'avait plus une seule couleur mais toute une gamme, du turquoise pâle sur les hauts-fonds au bleu profond des passes, avec des bandes vertes entre les deux. On appelle ça la mer aux sept couleurs, et depuis les airs on comprend tout de suite pourquoi. J'ai vécu pas mal d'arrivées en avion sur des îles, celle-là reste dans mon top trois.

Curiosité géographique, San Andrés flotte à plus de 700 kilomètres de la côte colombienne, beaucoup plus près du Nicaragua que de Carthagène. On est en Colombie, oui, mais une Colombie caribéenne à part, où l'on parle anglais créole autant qu'espagnol et où le reggae sort des maisons colorées. Je vais vous raconter ce que j'y ai vu, ce qui m'a plu, et les deux ou trois trucs que j'aurais aimé savoir avant.

Une île colombienne coincée près du Nicaragua

Sur la carte, San Andrés n'a aucun sens. C'est un confetti perdu dans les Caraïbes occidentales, à quelques encablures du Nicaragua, qui d'ailleurs en a longtemps revendiqué les eaux. Et pourtant on paie en pesos, on montre son passeport à des policiers colombiens et le drapeau jaune bleu rouge flotte partout. Ce grand écart, on le sent dès qu'on pose le pied dehors.

L'île elle-même est minuscule, une trentaine de kilomètres carrés en forme de bernard-l'ermite. Le nord, autour du centre-ville qu'on appelle El Centro ou North End, concentre les hôtels, les boutiques et l'aéroport. Le reste, c'est une route côtière qui fait le tour, quelques villages, des cocotiers, et cette eau invraisemblable partout où le regard tombe. On peut littéralement faire le tour de son monde en une matinée. Ça change des grandes distances colombiennes, et si vous préparez votre calendrier, jetez un œil à la meilleure période pour partir en Colombie, parce que sur les îles la saison compte vraiment.

Vu du ciel, la mer déroule ses dégradés de bleus · IMG : vue aérienne de San Andrés, dégradés de turquoise, vert et bleu profond autour de l'île, récif visible sous l'eau, cocotiers et plages blanches

La mer aux sept couleurs, ce n'est pas du marketing

J'étais méfiant. Le surnom sonnait comme un slogan d'office de tourisme, ce genre de formule qu'on ressort pour vendre des cocktails. Et puis j'ai marché jusqu'à un ponton à Sound Bay, un matin tôt, avant la foule. La lumière était encore rasante et l'eau, sous mes pieds, passait par tous les bleus imaginables en l'espace de vingt mètres. Le sable clair renvoie la lumière, les herbiers font des taches sombres, le corail teinte différemment, et le tout donne cette impression de palette étalée à la main.

Le meilleur moment, c'est le milieu de matinée quand le soleil est déjà haut mais que la mer reste calme. L'après-midi, le vent lève un peu de clapot et les couleurs s'aplatissent. J'ai passé une heure assis là sans rien faire, juste à regarder. Ça n'arrive pas si souvent, une eau qui vous coupe le sifflet à ce point. Pour les amateurs de belles étendues de sable, San Andrés soutient largement la comparaison avec les plages de Playa Blanca et Barú, en plus intime.

Le tour de l'île en voiturette de golf

Voilà LE truc à faire, celui dont tout le monde parle et qui vaut vraiment le coup. On loue une petite voiturette électrique de golf pour la journée, ces engins ridicules et adorables qui roulent à trente à l'heure, et on part faire le tour complet de l'île par la route côtière. Pas besoin de permis compliqué, on vous montre les commandes, on vous fait signer un papier et hop, vous voilà maître de votre matinée.

J'ai fait le tour dans le sens des aiguilles d'une montre, en partant du centre. La route longe la mer presque tout du long. On s'arrête où on veut: un point de vue, une piscine naturelle, un stand de fruits, une plage déserte. Je me suis arrêté à Hoyo Soplador au sud, un souffleur naturel où la mer s'engouffre dans la roche et gicle vers le ciel quand la houle est bonne. Un peu gadget, mais l'ambiance autour, avec les vendeurs de noix de coco fraîche, valait l'arrêt.

Trente à l'heure dans une voiturette électrique, le vent tiède, la mer à gauche du début à la fin. J'avais un sourire idiot collé au visage pendant trois heures.Aurèle Vanhove

Comptez large sur le temps: le tour se boucle en deux heures montre en main, mais avec les arrêts baignade et les photos, ma journée y est passée entière. Faites le plein de batterie avant, prenez de l'eau, et partez tôt pour éviter la chaleur de midi dans un véhicule sans clim.

La voiturette de golf, reine des routes côtières de l'île · IMG : voiturette de golf colorée garée au bord d'une route côtière de San Andrés, mer turquoise en arrière-plan, cocotiers, ciel bleu franc

Masque et tuba: Johnny Cay, Rocky Cay, El Acuario

Si vous ne deviez retenir qu'une activité sous l'eau, ce serait le snorkeling. San Andrés est cerclée d'un récif corallien et l'eau est d'une transparence qui rend le masque presque facultatif. Trois spots reviennent dans toutes les conversations.

Johnny Cay, d'abord, ce petit îlot vert planté au large du centre, qu'on rejoint en lancha, ces bateaux-taxis. L'île est minuscule, couverte de cocotiers, avec du reggae en fond sonore et des iguanes qui traînent. La baignade autour est belle mais l'îlot se remplit vite l'après-midi, alors j'y suis allé à l'ouverture. El Acuario et Haynes Cay, ensuite, deux hauts-fonds côté est où l'eau vous arrive à la taille et grouille de poissons. On m'avait dit que des raies passaient parfois, je n'en ai pas vu, mais les bancs de poissons argentés suffisaient. Rocky Cay, enfin, plus tranquille, avec une épave échouée qu'on rejoint presque à pied à marée basse.

Pour la plongée bouteille, l'île a plusieurs clubs sérieux et des tombants magnifiques. Je ne suis pas un plongeur assidu, mais la visibilité ici est parmi les meilleures que j'ai croisées dans la Caraïbe. Et si les fonds marins vous passionnent, sachez que la côte pacifique colombienne offre un tout autre spectacle avec l'observation des baleines à bosse, à une saison bien précise.

SpotActivité principaleBon à savoir
Johnny CayBaignade, farniente, ambiance reggaeÎlot bondé l'après-midi, y aller tôt
El Acuario & Haynes CaySnorkeling en eau peu profondePoissons partout, on a pied
Rocky CaySnorkeling, épave, baignade calmeAccessible presque à pied à marée basse
La PiscinitaSnorkeling depuis la côte ouestEau claire, poissons habitués aux visiteurs
West ViewSnorkeling, plongeon depuis un pontonPlus sportif, saut dans le bleu

La culture raizal, l'âme anglophone de l'île

C'est ce qui m'a le plus surpris. On débarque en pensant Colombie et l'on tombe sur une culture caribéenne anglophone, celle des Raizals, les habitants d'origine, descendants d'Anglais, d'Africains et de colons venus d'ailleurs dans les Caraïbes. Beaucoup parlent le créole local, un anglais chantant mêlé d'espagnol et de vieilles tournures, en plus de l'espagnol officiel. Dans les villages du sud, on entend des prêches protestants, on croise des églises baptistes, et le reggae comme la musique de l'île n'est jamais loin.

Un soir, dans un petit resto de La Loma, la partie haute et plus traditionnelle de l'île, j'ai discuté avec le patron pendant qu'il préparait un rondón, ce ragoût de poisson mijoté au lait de coco avec de la banane plantain et du tubercule. Il m'a raconté sa méfiance ancienne envers le tourisme, puis comment sa famille avait fini par vivre de la mer et des visiteurs. Ce genre de conversation, ¡qué chévere!, comme on dit ici, ça vaut tous les cocktails de plage. Mangez au moins une fois chez l'habitant à La Loma, loin des buffets d'hôtel.

Plus touristique que Providencia, et alors ?

Soyons honnête: San Andrés est l'île commerciale du duo. Zone franche, elle attire des Colombiens venus faire du shopping détaxé, ses rues du centre alignent boutiques de parfums, d'électronique et de fringues, et le front de mer a des allures de station balnéaire. Si vous cherchez le paradis désert et sauvage, ce n'est pas tout à fait ici.

Sa petite sœur Providencia, à une heure de vol ou de bateau au nord, joue justement cette carte-là: plus rustique, plus verte, moins de monde, une eau tout aussi folle. Beaucoup enchaînent les deux, et c'est sans doute la formule idéale. Mais je défends San Andrés quand même. Le côté vivant, la facilité, la voiturette de golf, les îlots à snorkeling, tout ça se fait sans se prendre la tête. C'est une île où l'on décompresse vite, ce qui n'est pas rien après les routes de montagne du continent. Pour un contraste total avec l'énergie coloniale du continent, gardez Carthagène des Indes pour la suite du voyage.

Maisons de bois colorées et cocotiers, l'ambiance raizal · IMG : maison créole en bois peinte de couleurs vives à La Loma sur San Andrés, palmiers, habitant sur la terrasse, ambiance caribéenne chaleureuse

Y aller, et à quelle saison

On rejoint San Andrés uniquement en avion, depuis Bogotá, Medellín ou Carthagène, en quelques heures de vol. À l'arrivée, il faut s'acquitter d'une petite taxe touristique et présenter un billet retour, c'est la règle. L'île étant une zone protégée, on vous compte à l'entrée, rien de méchant mais gardez le justificatif.

Pour la météo, la saison sèche du début d'année offre l'eau la plus lisse et les couleurs les plus nettes. La période plus humide de la fin d'année amène des averses courtes et un risque de tempête tropicale, sans que ça gâche forcément le séjour. J'y étais en saison intermédiaire, entre deux, et j'ai eu une eau superbe avec juste quelques grains l'après-midi. Réservez les vols à l'avance, ils grimpent vite pendant les vacances colombiennes, et ne calez pas votre plongée le dernier jour avant de reprendre l'avion, question de paliers.

San Andrés ne ressemble à aucune autre étape colombienne. C'est le bout de Caraïbe anglophone du pays, une parenthèse reggae et turquoise où l'on roule en voiturette de golf entre deux baignades. Ce n'est pas la Colombie qu'on imagine avant de partir, et c'est justement pour ça qu'elle vaut le détour.

Teste-toi

Pourquoi San Andrés est-elle surnommée l'île aux sept couleurs ?

Questions fréquentes

Trois à quatre jours suffisent pour faire le tour de l'île, plusieurs sorties snorkeling et une journée détente. Si vous ajoutez Providencia, comptez plutôt une bonne semaine sur les deux îles.

Le grand classique est la voiturette de golf électrique, qu'on loue à la journée pour faire le tour de l'île. Il y a aussi des scooters, des bus locaux et des taxis, mais la voiturette reste la formule la plus sympa et la plus simple.

San Andrés est plus touristique, plus animée et plus facile d'accès, avec du shopping détaxé. Providencia est plus sauvage, plus verte et plus calme. Beaucoup de voyageurs enchaînent les deux, c'est l'idéal si le temps le permet.

Oui, une partie des habitants, les Raizals, parlent un anglais créole en plus de l'espagnol. Dans le tourisme on se débrouille en espagnol et souvent en anglais, mais c'est bien une culture caribéenne anglophone que vous découvrez.