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Cali

IMG hero (Nano Banana) : rue chaude de Cali au crépuscule, couple de danseurs de salsa en plein mouvement sur le trottoir devant une salsoteca, enseignes lumineuses, palmiers, ambiance tropicale moite et ciel orangé du Valle del Cauca

En bref

Il était vingt-deux heures passées, la chaleur ne tombait toujours pas, et une fille que je n'avais jamais vue m'a tirée par le poignet vers la piste en riant de ma tête. J'ai bafouillé que je ne savais pas danser. Elle a haussé les épaules, comme si c'était le détail le moins important de la soirée. À Cali, on m'a très vite fait comprendre que refuser de danser, c'était un peu comme refuser de respirer. La salsa sortait des enceintes, des voitures, des maisons ouvertes sur la rue, et moi je comptais mes pas dans ma tête en transpirant.

Cali n'a pas la beauté coloniale de Carthagène ni le climat de carte postale de Medellín. C'est une ville chaude, un peu débraillée, posée dans la vallée du Valle del Cauca, qui vit pour une seule chose. La musique. On la surnomme la capitale mondiale de la salsa et, franchement, ce n'est pas une formule de brochure. Ça se sent dès qu'on met un pied dehors.

Mon premier cours, un désastre assumé

Le lendemain de cette soirée où j'avais surtout piétiné les orteils des autres, je me suis inscrite à un cours dans une petite école du quartier de Granada. J'y suis allée un peu par orgueil, un peu par curiosité. Le prof, un grand type au sourire patient, a compris en trente secondes que j'étais une cause difficile. La salsa caleña, celle d'ici, se danse vite, avec un jeu de pieds rapide et léger, les jambes qui s'agitent pendant que le buste reste presque tranquille. On appelle ça la salsa caleña ou salsa a lo caleño, et c'est un autre monde que la salsa cubaine ou portoricaine.

La première heure, j'ai voulu abandonner trois fois. Je regardais mes pieds, je perdais le rythme, je m'excusais toutes les deux mesures. Et puis à un moment, sans savoir comment, mon corps a arrêté de réfléchir. Le prof a juste dit « ya, no pienses », arrête de penser, et quelque chose s'est débloqué. Pas la grâce, non. Mais l'idée que je pouvais me tromper et continuer quand même, portée par la basse. Je suis ressortie trempée, les mollets en feu, complètement conquise. J'ai gardé mes cours toute la semaine.

Où prendre des cours sans se ruiner

Les écoles de danse sont partout à Cali, et beaucoup accueillent les voyageurs à la journée ou pour quelques séances. On trouve des cours particuliers ou en petit groupe, souvent pour un tarif très raisonnable, même si je vous laisse vérifier sur place parce que ça bouge. J'ai croisé des gens de tous les âges, des débutants comme moi et des passionnés venus exprès de l'autre bout du monde. Si la danse est vraiment votre motivation, jetez un œil à mon article plus large sur la salsa en Colombie, où je détaille les styles et les bons plans.

Un couple répète ses passes dans une école de Granada, en fin d'après-midi · IMG : intérieur d'une école de danse à Cali, un couple de danseurs de salsa en plein mouvement, jeu de pieds flou, sol en béton ciré, miroirs et lumière chaude de fin de journée

La nuit qui danse, jusqu'à Juanchito

À Cali, la soirée ne commence pas dans un bar tranquille. Elle commence quand la piste se remplit. Les salsotecas, ces temples de la salsa où l'on vient d'abord pour danser et accessoirement pour boire, ouvrent tard et ferment quand le corps lâche. Dans le quartier de Granada et le long de la Avenida del Río, on trouve des adresses plus faciles pour un premier soir, avec des orchestres et une foule mélangée.

Mais le vrai mythe, c'est Juanchito. Un quartier un peu excentré, de l'autre côté de la rivière, où les grandes salles de salsa tournent depuis des décennies. On m'avait prévenue que c'était brut, populaire, pas touristique pour un sou. J'y suis allée un samedi avec le groupe de mon école, en taxi, et j'ai vu des gens de soixante ans danser mieux que je ne danserai jamais. La sono crachait de la vieille salsa dura, des cuivres, des congas, et personne ne regardait son téléphone. On était là pour bouger. J'ai tenu jusqu'à trois heures, ce qui, pour une caleña d'adoption d'une semaine, m'a semblé un exploit.

Un conseil de bon sens, le même que dans n'importe quelle grande ville. Le soir, je prenais un taxi ou un VTC réservé plutôt que de marcher au hasard, surtout vers Juanchito qui est loin du centre. Rien de dramatique, juste la prudence habituelle. La Colombie a beaucoup changé et Cali se visite très bien, mais on garde la tête sur les épaules.

Je suis venue à Cali pour cocher une case et j'en suis repartie avec des ampoules aux pieds et l'envie de revenir danser.Salomé Vaneau

San Antonio, la colline où le soleil se couche

Toutes les villes chaudes ont leur refuge, et à Cali c'est San Antonio. Un vieux quartier accroché à une colline, avec ses maisons basses aux couleurs passées, ses ruelles pavées, ses ateliers et ses petits cafés. C'est le coin bohème, celui où traînent les artistes, les étudiants, les voyageurs qui restent plus longtemps que prévu. J'y ai loué une chambre les derniers jours, et je remontais chaque soir la pente raide vers l'église blanche perchée en haut.

Là-haut, sur l'herbe autour de la vieille chapelle, tout Cali se donne rendez-vous au coucher du soleil. Des familles, des couples, des vendeurs de bière et de mangue verte au sel, des groupes qui sortent une guitare. On s'assoit, on regarde la ville s'étaler dans la vallée pendant que le ciel vire à l'orange et que la chaleur du jour se relâche enfin. J'ai passé là quelques-uns de mes plus beaux moments du voyage, sans rien faire, juste à regarder. Un tinto à la main, ce café noir serré qu'on boit à toute heure, je me disais que je comprenais enfin pourquoi les gens tombent amoureux de cette ville sans prévenir.

Manger et flâner dans le quartier

San Antonio est aussi l'endroit où j'ai le mieux mangé. Des cantines de cuisine du Valle, du poisson de rivière, du sancocho, et sur les marchés les fruits tropicaux qu'on ne connaît même pas en Europe. La gastronomie de la région vaut le détour, j'en parle davantage dans mon guide de la cuisine colombienne. Le matin, un jus de lulo ou de maracuyá glacé, et on repart marcher dans les ruelles.

Le coucher de soleil vu de la colline de San Antonio, la ville dans la brume de chaleur · IMG : colline de San Antonio à Cali au coucher du soleil, silhouette de la petite église blanche, groupes de gens assis sur l'herbe, ville étalée dans la vallée en contrebas, ciel orangé et brume de chaleur

Cristo Rey et la vue sur la vallée

Au-dessus de la ville, les bras ouverts sur la vallée, se dresse le Cristo Rey, un grand Christ blanc posé sur les collines de l'ouest. Ça rappelle forcément Rio, en plus modeste. On y monte en taxi par une route qui grimpe et tournicote, et de là-haut la vue balaie tout Cali et la plaine du Valle del Cauca qui file plate jusqu'à l'horizon, quadrillée de champs de canne à sucre. J'y suis allée en fin de matinée, avant que la chaleur ne devienne trop lourde.

C'est le genre d'endroit où l'on mesure vraiment où l'on se trouve. Cali est une ville de plaine tropicale, chaude et humide toute l'année, sans les fraîcheurs d'altitude de Bogotá. Si vous vous demandez à quelle période venir, la région reste chaude en permanence et l'événement à viser tombe en fin d'année ; j'en dis plus dans mon article sur quand partir en Colombie.

Une ville afro-colombienne, et fière de l'être

Ce que je ne savais pas avant d'arriver, c'est à quel point Cali est marquée par la culture afro-colombienne. La ville a accueilli beaucoup de familles venues de la côte Pacifique, cette région du Chocó et de Buenaventura moins connue des voyageurs. Ça s'entend dans la musique, ça se voit dans les visages, ça se goûte dans la cuisine. La salsa caleña doit énormément à cet héritage, à ce rapport au corps et au rythme qui n'a rien d'appris.

J'ai trouvé Cali plus vraie, moins lissée que les villes du circuit classique. On n'y vient pas pour les monuments, il y en a peu. On y vient pour l'ambiance, pour les gens, pour cette énergie un peu brute qui ne joue pas la comédie du tourisme. Depuis Cali, on peut aussi filer vers le sud découvrir Popayán la ville blanche, à quelques heures de route, dans un tout autre registre, colonial et paisible. Le contraste avec l'agitation caleña est saisissant.

Vivre la salsa à Cali, mode d'emploi

Pour vous aider à choisir selon votre niveau et votre envie, voici comment je résumerais les grandes étapes d'une immersion salsa, du débutant timide au noctambule assumé.

Le lieuCe qu'on y vitPour qui
École de danse (Granada, San Antonio)Cours particuliers ou en groupe, jeu de pieds caleñoDébutant motivé, qui veut oser la piste ensuite
Salsotecas de Granada / Avenida del RíoOrchestres, foule mélangée, ambiance plus accessiblePremier soir, ceux qui débutent en douceur
JuanchitoGrandes salles historiques, salsa dura, très localDanseurs avertis, curieux du mythe, pas les frileux
Colline de San Antonio au crépusculeGuitare, bière, coucher de soleil sur la villeTout le monde, pour souffler entre deux nuits
Festival de salsa (fin décembre)Défilés, spectacles, la ville entière en fêteCeux qui peuvent caler leur voyage à cette date
Musiciens et danseurs pendant les festivités de fin d'année, quartier populaire de Cali · IMG : scène de rue animée pendant la Feria de Cali, danseurs de salsa en costumes colorés, cuivres et percussions, foule joyeuse le soir, guirlandes lumineuses

La Feria de Cali, si vous pouvez tomber juste

Le grand rendez-vous, c'est la Feria de Cali, autour de la dernière semaine de décembre. Pendant plusieurs jours, la ville explose. Défilés d'orchestres de salsa, spectacles de danse, cavalcades, concerts, la fameuse Salsódromo où défilent des centaines de danseurs. Je n'y étais pas cette fois, mais on m'en a tellement parlé que c'est devenu ma raison d'y retourner. Toute la Colombie se retrouve à Cali à ce moment, alors mieux vaut réserver son logement bien à l'avance.

Si vous construisez un itinéraire plus large, Cali s'insère bien entre les Andes du sud et la capitale. Depuis Bogotá, le vol est court, et beaucoup de voyageurs enchaînent avec l'Eje Cafetero voisin ou justement Popayán. Trois nuits suffisent pour goûter à l'esprit de la ville. Mais si vous vous prenez au jeu de la salsa comme moi, vous en voudrez une de plus.

Je suis partie de Cali un peu à regret, avec ce sentiment étrange d'avoir attrapé quelque chose que je n'attendais pas. Pas la ville la plus jolie de mon voyage, loin de là. Mais celle qui m'a le plus fait bouger, au propre comme au figuré. Et quand j'entends une salsa quelque part, même des mois plus tard, mes pieds recommencent tout seuls à compter.

Teste-toi

Quel quartier de Cali est célèbre pour ses grandes salles de salsa historiques et populaires ?

Questions fréquentes

Pas du tout, et c'est même l'endroit idéal pour apprendre. Les écoles de danse acceptent les débutants à la journée ou pour quelques cours, souvent à petit prix. Mon premier cours a été un désastre et je suis repartie conquise ; personne ne juge, tout le monde encourage.

Trois nuits suffisent pour goûter à l'ambiance, prendre quelques cours de salsa, monter à Cristo Rey et voir un coucher de soleil à San Antonio. Si vous vous prenez au jeu de la danse ou si vous visez la Feria de fin décembre, comptez une nuit de plus.

La ville a beaucoup changé et se visite très bien avec le bon sens de n'importe quelle grande ville. Le soir, je prenais un taxi ou un VTC réservé plutôt que de marcher au hasard, surtout vers Juanchito qui est loin du centre. Rien d'alarmant, juste la prudence habituelle.

La grande fête de la salsa se tient autour de la dernière semaine de décembre, avec défilés d'orchestres, spectacles et le Salsódromo. Toute la Colombie s'y retrouve, donc réservez votre logement bien à l'avance si vous voulez caler votre voyage sur ces dates.