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Guatapé

IMG hero (Nano Banana) : la Piedra del Peñol se dressant au-dessus du lac de Guatapé au matin, énorme monolithe de granit avec l'escalier en zigzag, lac découpé en bras verts et bleus, collines rondes, lumière dorée

En bref

On voit le rocher bien avant le village. Une masse de granit grise et lisse, posée au milieu des collines comme si un géant l'avait laissée tomber là, avec cet escalier en zigzag qui grimpe sur la face et qu'on distingue à peine depuis la route. J'étais dans un bus parti de Medellín aux aurores, la tête contre la vitre, et je me suis redressé d'un coup en le voyant apparaître. La Piedra del Peñol. Deux kilomètres plus loin, le décor bascule complètement : les maisons deviennent des tableaux, chaque façade peinte, chaque bas de mur raconte quelque chose. Guatapé, c'est ces deux images collées ensemble, le monolithe et le village bariolé, à deux heures à peine de la grande ville.

Je pensais y passer la journée, comme presque tout le monde. J'y ai dormi deux nuits et je ne l'ai pas regretté une seconde. Parce que Guatapé de jour et Guatapé le soir, ce sont deux endroits différents. L'un déborde de monde, l'autre respire. Je vais essayer de raconter les deux, avec la montée qui coupe les jambes, l'explosion de couleurs dans les ruelles, et ce lac tout en bras et en presqu'îles qui cache une histoire moins légère qu'il n'y paraît.

Y aller depuis Medellín, plus simple qu'on croit

Guatapé, c'est l'excursion classique quand on pose ses valises à Medellín. La plupart des gens y vont à la journée, en tour organisé ou en bus, et rentrent le soir. Moi j'ai pris le bus public, le moins cher, au Terminal del Norte. On achète son billet au guichet de la compagnie qui dessert Guatapé, on monte, et c'est parti pour environ deux heures de route, un peu plus s'il y a du trafic à la sortie de la ville. La route est belle une fois passé les faubourgs : des collines, des retenues d'eau, quelques villages accrochés aux pentes.

Un conseil que j'aurais aimé qu'on me donne : si vous voulez faire le rocher en premier, demandez au chauffeur de vous déposer à la Piedra, pas directement au village. Le bus passe à un croisement d'où partent les tuk-tuks qui montent au pied de l'escalier. Sinon vous arrivez à Guatapé et il faut faire le chemin inverse. Pour le retour, les derniers bus vers Medellín partent en fin d'après-midi, autour de dix-huit heures, mais ça change selon les jours, alors vérifiez sur place au terminal de Guatapé dès votre arrivée. Si les horaires vous stressent, j'en parle plus longuement dans mon guide sur les déplacements en Colombie, où le bus reste roi pour ce genre de trajet.

Le monolithe qui surgit au bout de la route · IMG : la Piedra del Peñol vue depuis la route d'accès, énorme rocher de granit gris avec l'escalier en zigzag visible sur la face, collines vertes et bras de lac autour, ciel de matin

Les zócalos, le village qui se raconte en bas des murs

Guatapé porte un surnom qui pour une fois n'est pas volé : le village le plus coloré de Colombie. Ce ne sont pas seulement les façades peintes en jaune poussin, bleu piscine ou vert perroquet. Ce sont les zócalos. En bas de chaque maison, sur cette bande de mur qui va du sol jusqu'à hauteur de hanche, il y a un bas-relief en plâtre peint de couleurs franches. Des motifs en creux et en bosse, encadrés, qui font le tour du bâtiment comme une frise.

On m'a raconté, dans une boutique de la rue principale, que la tradition serait née il y a bien longtemps, quand les habitants décoraient le bas de leurs murs pour les protéger et pour montrer un peu qui ils étaient. Chaque zócalo dit quelque chose du propriétaire ou du commerce. Devant une boulangerie, des épis et des pains. Devant une maison, des moutons, des lamas, une famille, une fleur. Il y en a un célèbre avec toute une file d'animaux, un autre couvert de poissons. J'ai passé une bonne heure à remonter la Calle del Recuerdo, la ruelle des parapluies suspendus, juste à photographier des bas de murs comme un idiot heureux. La lumière de fin d'après-midi fait ressortir le relief, c'est là qu'ils sont les plus beaux.

La place, l'église, et le tourbillon du week-end

La Plazoleta de los Zócalos, avec ses façades encore plus travaillées et l'église juste au-dessus, c'est le cœur du bourg. Le samedi et le dimanche, préparez-vous : Guatapé se remplit. Familles de Medellín, groupes en tour, vendeurs de glaces et de mangue verte au sel, musique qui sort des bars. C'est joyeux, franchement, mais ça grouille. Les ruelles étroites deviennent un fleuve de gens qui prennent la même photo au même endroit. J'aime cette ambiance une heure ou deux, puis j'ai besoin de m'échapper vers le bord du lac.

J'ai passé une heure à photographier des bas de murs comme un idiot heureux. Chaque maison raconte sa petite histoire en plâtre peint.Aurèle Vanhove

740 marches et les cuisses en feu

La Piedra del Peñol, tout le monde vous le dira, ça se mérite. Un escalier en béton s'est glissé dans une grande fissure de la roche et grimpe en zigzag jusqu'au sommet. On m'avait annoncé 740 marches. J'ai arrêté de compter vers la moitié, la respiration en bordel, les mollets qui brûlent. On est autour de 2000 mètres d'altitude, et même si ça reste modeste à l'échelle du pays, l'effort concentré sur ces marches raides fait son petit effet. Des paliers permettent de souffler, de boire, de laisser passer ceux qui redescendent. Prenez de l'eau en bas, il fait chaud sur la roche.

Et puis on arrive en haut, sur la petite tour de guet, et là on oublie les jambes. La vue est de celles qui vous font pousser un juron à voix basse. En dessous, le lac s'étale dans toutes les directions, découpé en une infinité de bras verts et bleus qui serpentent entre des collines rondes. Des presqu'îles, des îlots, des maisons blanches au bord de l'eau, des barques qui laissent un sillage. On m'avait prévenu que ce serait joli. Je ne m'attendais pas à rester planté là vingt minutes, à tourner sur moi-même. Montez tôt le matin si vous pouvez, la lumière est douce et la foule pas encore arrivée. En milieu de journée l'escalier peut devenir un embouteillage humain.

Du sommet du rocher, le lac part dans tous les sens · IMG : vue plongeante depuis le sommet de la Piedra del Peñol sur le lac de Guatapé découpé en dizaines de bras verts et bleus, presqu'îles boisées, petites maisons blanches, lumière de matin dorée

Un lac né d'un barrage, et un village sous l'eau

Ce dessin fou de bras d'eau, ce n'est pas la nature seule qui l'a fait. Le lac de Guatapé est une retenue, née dans les années 1970 de la construction d'un grand barrage hydroélectrique qui alimente une bonne partie de la région en électricité. En montant les eaux, on a noyé les vallées, et c'est ce qui donne ce paysage à mille doigts. Le côté moins carte postale : l'ancien village d'El Peñol, un peu plus loin, a été englouti. Ses habitants ont été relogés dans un bourg reconstruit de toutes pièces. On m'a montré, depuis un bateau, l'endroit où l'on aperçoit parfois, quand le niveau baisse, la croix qui marque l'emplacement de l'ancienne église sous l'eau. Ça donne un frisson bizarre, cette beauté qui recouvre un village perdu.

Du coup, la promenade en bateau prend un autre sens. Depuis le malecón de Guatapé, les barques partent en balade sur le lac, souvent en petit groupe. Une heure ou un peu plus à tourner entre les presqu'îles, passer devant les grandes villas des riches Antioqueños, et devant les ruines d'une maison qui appartenait, dit-on, à un certain trafiquant tristement célèbre de Medellín. Le guide en fait tout un cinéma. Moi j'ai surtout aimé le vent, l'eau qui claque sous la coque, et la vue du rocher qui rétrécit derrière nous. Négociez le tarif au départ, comparez deux ou trois barques, ça varie selon le monde et la longueur du tour.

Tuk-tuks, tejo et fin d'après-midi

Guatapé se parcourt à pied, mais les tuk-tuks colorés font la navette entre le village, le rocher et le lac. C'est pratique et pas cher, surtout au retour du Peñol quand on n'a plus de jambes. J'ai fini une après-midi à jouer au tejo, ce jeu bien colombien où l'on lance un palet de métal vers une cible d'argile piquée de petites amorces qui explosent quand on tape juste. Ça se joue une bière à la main, ça rate neuf fois sur dix, et quand ça pète tout le monde crie. Un vieux du coin m'a mis une raclée en riant. Chévere, comme on dit ici, ça veut dire chouette, et ce mot revient sans arrêt dans la bouche des gens.

ÉtapeTemps à prévoirMon conseil
Bus Medellín, Terminal del Norte, allerEnviron 2 hPartir tôt ; demander l'arrêt à la Piedra avant le village
Montée de la Piedra del Peñol1 h 30 à 2 h avec la vueY aller au réveil, eau en bas, pauses aux paliers
Promenade en bateau sur le lac1 h à 1 h 30Comparer deux ou trois barques, négocier au départ
Flâner dans les zócalos du village2 h et plusFin d'après-midi pour la lumière sur les reliefs
Nuit sur place plutôt qu'aller-retour1 soirée + 1 matinLe village se vide après 17 h, c'est le meilleur moment

Pourquoi je conseille de dormir sur place

Voilà mon vrai conseil, celui qui change tout. Faites l'aller-retour depuis Medellín si vous manquez de temps, personne ne vous en voudra. Mais si vous pouvez, restez une nuit. Vers dix-sept heures, les bus repartent, les groupes s'en vont, et le village se dégonfle comme un ballon. Les ruelles bondées de la journée deviennent presque désertes. Les zócalos brillent sous les lampadaires, les habitants ressortent leurs chaises sur le pas de la porte, et on entend à nouveau les bruits d'un village normal. J'ai dîné une bandeja au bord de la place presque vide, un chat qui traînait, la musique baissée. C'était un autre endroit.

Le matin, même magie à l'envers. Un tinto, le petit café noir serré, pris sur la place avant que les premiers cars n'arrivent. Le lac fume un peu, la lumière rase les couleurs. Vous avez le rocher pour vous ou presque si vous montez à l'ouverture. Les logements ne manquent pas, des auberges simples aux petites fincas au bord de l'eau, et hors week-end les prix restent doux, mais ça bouge selon la saison alors comptez large. Pour choisir votre période, mon article sur la meilleure saison pour visiter la Colombie aide à éviter les grosses pluies et les ponts colombiens qui remplissent tout.

Guatapé se marie très bien avec un séjour plus long dans la région. Beaucoup l'enchaînent avec Medellín, forcément, mais aussi avec un saut plus au sud vers la zone caféière et ses collines, ou une pause à Salento, l'autre village peint du pays, plus perché et plus vert. Deux ambiances de villages colorés, deux atmosphères, et entre les deux la grande ville. Ça fait une belle boucle andine, sans courir.

Le village presque désert une fois les cars repartis · IMG : ruelle de Guatapé le soir, façades colorées et zócalos en bas-relief éclairés par des lampadaires chauds, parapluies suspendus, presque personne, ambiance calme de fin de journée

Ce que je retiens de Guatapé

C'est un endroit facile à aimer, et facile à mal visiter. Débarquer un dimanche à midi, se faire porter par la foule, monter le rocher au pire moment et repartir épuisé, c'est possible et c'est dommage. Prenez le contre-pied. Le rocher au réveil, le bateau quand il fait chaud, les zócalos en fin de journée, et cette soirée tranquille que la plupart des visiteurs ne connaissent jamais. Guatapé mérite qu'on ralentisse. Le lac ne va nulle part, le granit non plus, et le village a l'air de savoir tout ça mieux que nous.

Teste-toi

Combien de marches compte l'escalier de la Piedra del Peñol ?

Questions fréquentes

Le plus simple est le bus public depuis le Terminal del Norte, environ deux heures de route. On achète son billet au guichet de la compagnie qui dessert Guatapé. Pour faire le rocher d'abord, demandez au chauffeur de vous déposer à la Piedra avant le village.

L'aller-retour depuis Medellín se fait très bien si le temps manque. Mais dormir sur place change tout : après dix-sept heures les cars repartent, le village se vide et devient calme. Le matin, on a le rocher presque pour soi.

Il faut monter 740 marches raides d'un coup, autour de 2000 mètres d'altitude, donc on souffle. Des paliers permettent de faire des pauses. Prenez de l'eau et montez tôt le matin pour éviter la foule et la chaleur.

Flâner dans les ruelles couvertes de zócalos, faire une promenade en bateau sur le lac depuis le malecón, se déplacer en tuk-tuk et jouer au tejo, ce jeu colombien où l'on lance un palet vers des amorces qui explosent.