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Medellín
En bref
- Surnommée la ciudad de la eterna primavera, Medellín garde un climat doux toute l'année, autour de vingt-deux degrés, grâce à son altitude d'environ 1 500 mètres.
- La ville a profondément changé depuis les années noires, avec un métro dont les paisas sont fiers, des télécabines vers les quartiers hauts et des bibliothèques-parcs.
- La Comuna 13, ses escaliers mécaniques et son street art se découvrent au mieux avec un guide qui y a grandi ; El Poblado est festif et cher, Laureles plus local.
- Depuis Medellín, on file facilement à Guatapé et son rocher, et la région caféière n'est pas loin ; début août, la Feria de las Flores anime toute la ville.
Le vol arrive par-dessus la crête, et d'un coup la vallée d'Aburrá s'ouvre en dessous, un tapis de lumières coincé entre deux versants trop verts pour la saison. Il était presque neuf heures du soir quand j'ai posé le pied à Medellín la première fois, et j'ai eu ce réflexe idiot de fouiller mon sac pour trouver un pull. Inutile. L'air était tiède, doux, exactement comme on me l'avait promis. Un chauffeur m'a lancé un « bienvenida, parcera » (ma belle, en gros) en riant de mon manteau plié sur le bras. Les paisas, les gens d'ici, adorent qu'on tombe amoureux de leur ville. Ça se voit tout de suite.
J'y suis revenue trois fois depuis. Medellín ne se visite pas comme Carthagène ou comme la capitale, elle se fréquente. On finit par avoir son café du matin, son marché à soi, son banc dans un parc. Et surtout, on se retrouve à raconter aux copains restés en France une histoire qui ne colle pas du tout à l'image qu'ils gardent en tête.
Pourquoi on l'appelle la ville du printemps sans fin
Medellín est posée vers 1 500 mètres, dans une cuvette entourée de montagnes. Résultat, il fait bon toute l'année, autour de vingt-deux, vingt-trois degrés en journée, un peu frais le soir. Pas d'hiver, pas de canicule. On dit ici la ciudad de la eterna primavera, la ville de l'éternel printemps, et pour une fois le surnom ne ment pas. Après trois jours à suer dans la moiteur de la côte caraïbe, je me souviens d'être arrivée le soir et d'avoir dormi fenêtre ouverte, sans ventilateur, pour la première fois du voyage.
Il pleut, bien sûr. Souvent en fin d'après-midi, un gros orage qui lave la ville en vingt minutes et repart. J'ai pris l'habitude de garder un imperméable fin dans le sac et de caler les visites en extérieur le matin. Le reste du temps, on vit dehors. Les terrasses ne ferment jamais vraiment, les gens traînent dans les parcs, et cette douceur climatique finit par déteindre sur l'ambiance générale. Tout le monde semble avoir un peu de temps.
Une ville qui a décidé de changer de récit
Impossible de parler de Medellín sans évoquer les années noires. Dans les années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix, la ville a porté une réputation terrible, liée au narcotrafic et à une violence qui touchait tout le monde. Les habitants le savent, en parlent parfois, mais avec une pudeur qui m'a frappée. Ils ne veulent pas être réduits à ça. Et franchement, la ville d'aujourd'hui rend cette page presque abstraite quand on marche dans ses rues.
Ce qui a changé, c'est une volonté politique de relier les quartiers pauvres accrochés aux pentes au reste de la ville. Le métro d'abord, dont les paisas sont d'une fierté touchante, aucun graffiti, aucun papier par terre, ils y tiennent comme à un symbole. Puis le metrocable, ces télécabines qui grimpent jusqu'aux comunas perchées, transformant une heure de bus cahoteux en dix minutes de vol au-dessus des toits. Et des bibliothèques-parcs plantées dans les quartiers qui en avaient le moins. J'ai passé une matinée dans l'une d'elles, à regarder des gamins faire leurs devoirs, et j'ai compris qu'ici l'urbanisme avait été pensé comme une réparation. On appelle ça l'urbanisme social, et ça a valu à la ville des prix internationaux. Mais les paisas n'en parlent pas comme d'une récompense. Ils en parlent comme d'une revanche tranquille sur ce qu'on disait d'eux. Une prof croisée dans le métro m'a résumé ça d'une phrase que je garde : « On ne veut pas oublier, on veut juste ne plus avoir peur. » Si la question de la sécurité vous travaille avant de partir, j'en parle plus posément dans mon article sur la réalité du danger en Colombie, parce que les clichés ont la vie dure.
La Comuna 13, racontée par ceux qui y vivent
C'est le lieu qui symbolise le mieux cette bascule, et aussi le plus visité. La Comuna 13, San Javier, était l'un des quartiers les plus durs de la ville. Aujourd'hui, on y monte par des escaliers mécaniques en plein air, une idée un peu folle qui a désenclavé toute la colline, et les murs disparaissent sous le street art. Des fresques immenses, colorées, souvent politiques, qui racontent la mémoire du quartier.
Je recommande vraiment de le faire avec un guide qui a grandi là. Le mien, un garçon d'une vingtaine d'années né dans la comuna, m'a montré la fresque des éléphants, symbole de mémoire, et m'a raconté sans emphase ce que sa famille avait traversé. Puis il s'est arrêté acheter une mangue verte au sel et au citron à un vendeur qu'il connaissait depuis toujours, m'en a tendu la moitié, et on a regardé un groupe de gamins danser le break sous une sono improvisée. Le hip-hop, ici, c'est une fierté et une thérapie. On sent que le quartier se raconte lui-même plutôt qu'il ne se donne en spectacle. Allez-y le matin pour éviter la foule, et laissez un pourboire à votre guide, ça compte pour eux.
Ce qui m'a bouleversée à Medellín, ce n'est pas la beauté des lieux. C'est la façon dont les gens vous regardent quand vous aimez leur ville. Comme si vous validiez tout ce qu'ils ont reconstruit.Salomé Vaneau
El Poblado, Laureles, et où poser ses valises
La plupart des voyageurs atterrissent à El Poblado, et je comprends pourquoi. C'est le quartier des rooftops, des restaurants qui pourraient être à Lisbonne ou Mexico, des bars qui ne dorment pas autour du Parque Lleras. C'est joli, très vert, très pratique. C'est aussi cher pour la Colombie, un peu déconnecté du reste, et le week-end la fête peut devenir bruyante. J'y ai dormi ma première fois, sans regret, mais je m'y suis sentie un peu dans une bulle.
La deuxième fois, j'ai choisi Laureles, et c'est là que Medellín m'a vraiment attrapée. Des rues bordées d'arbres, des panaderías de quartier, des familles paisas qui sortent le soir prendre l'air, moins de touristes et des prix plus doux. On y croise la vraie vie de la ville. Pour danser, d'ailleurs, le coin est parfait, la salsa colombienne se pratique dans des petits clubs sans chichi où personne ne vous jugera sur vos pas. Voici comment je résume les quartiers à ceux qui me demandent où dormir.
| Quartier | Ambiance | Pour qui |
|---|---|---|
| El Poblado | Chic, animé, vie nocturne, rooftops, plus cher | Première visite, fêtards, ceux qui veulent tout à portée de main |
| Laureles / Estadio | Résidentiel, arboré, local, bonne bouffe, plus calme | Séjours plus longs, ambiance colombienne, budget mesuré |
| Envigado | Village dans la ville, authentique, familial | Voyageurs au long cours, télétravail, tranquillité |
| La Candelaria (centre) | Historique, dense, vivant le jour, à éviter la nuit | Visites de journée, musées, place Botero |
Le centre historique, La Candelaria, mérite une matinée pour la place Botero et ses sculptures rondes et généreuses offertes par l'artiste, enfant du pays. En journée c'est vivant et sans problème. Le soir, je préfère rentrer vers les quartiers résidentiels, comme je le ferais dans n'importe quelle grande ville.
Monter au Pueblito Paisa pour saisir la ville d'en haut
Sur la colline de Nutibará, en plein cœur de la ville, quelqu'un a reconstitué un village paisa d'autrefois. Une petite église blanche, une fontaine, une place, des maisons aux balcons fleuris. C'est un poil kitsch, je l'avoue, plein de familles colombiennes le dimanche qui viennent manger une arepa et acheter des babioles. Mais je m'y suis attachée. On y comprend d'où viennent ces gens, cette culture montagnarde, café et fleurs, dure au travail et chaleureuse.
Et puis il y a la vue. De là-haut, la vallée entière se déploie, les tours du centre, les collines couvertes de maisons de brique orange qui montent à l'assaut des versants. J'y suis restée jusqu'au crépuscule, quand les lumières s'allument une à une et que la cuvette se transforme en amphithéâtre scintillant. Un tinto, le café noir serré des Colombiens, à la main, à regarder la nuit tomber. Un de ces moments qui ne coûtent rien et qu'on n'oublie pas.
Manger comme un paisa, sans complexe
La cuisine d'ici n'a rien de raffiné et c'est tout son charme. Le plat totem, c'est la bandeja paisa, un assemblage généreux qui tient au corps pour la journée entière, haricots rouges mijotés, riz, viande hachée, chicharrón croustillant, œuf au plat, banane plantain, avocat, et une arepa. La première fois, j'ai cru qu'on s'était trompé et qu'on m'avait servi pour deux. Non. C'est une portion. Les paysans qui trimaient dans les montagnes avaient besoin de ça, et la tradition est restée.
Le matin, on mange une arepa avec du fromage et un chocolat chaud, ou un œuf. Sur les trottoirs, des vendeurs découpent des mangues vertes, des papayes, des fruits que je ne savais même pas nommer, la guanábana crémeuse, le lulo acidulé qu'on boit en jus. Faites un tour au marché de la Minorista ou dans une placita de mercado, demandez qu'on vous fasse goûter, personne ne se moquera. Et arrêtez-vous prendre un tinto dans un de ces gobelets minuscules, debout au comptoir, comme le font les employés en pause. C'est là, souvent, que j'ai eu mes meilleures conversations, à moitié en espagnol bancal, à moitié en gestes.
Se déplacer, et surtout prendre son temps
Le métro reste le meilleur moyen de sentir la ville. Propre, ponctuel, bon marché, il traverse toute la vallée du nord au sud, et les lignes de câble le prolongent jusque dans les hauteurs. Prendre le metrocable de la ligne K ou celui qui monte au parc Arví, un poumon vert au-dessus de la ville, coûte trois fois rien et offre un panorama que bien des téléphériques touristiques factureraient une fortune ailleurs. En bas, ça grouille ; en haut, l'air se rafraîchit et la forêt reprend ses droits.
Pour le reste, les taxis et les applications de VTC sont pratiques et pas chers, surtout le soir. Un conseil que je me répète à chaque grande ville colombienne, no dar papaya, littéralement ne pas tendre la papaye, c'est-à-dire ne pas exhiber son téléphone ou son sac dans la rue sans y penser. Rien de paranoïaque, juste du bon sens de citadine. Le reste du temps, laissez tomber le programme chargé. Medellín se savoure lentement, entre deux averses, un tinto à la main, à regarder la vie paisa qui, elle, ne se presse jamais.
Août, quand la ville se couvre de fleurs
Si vous pouvez caler votre voyage début août, la Feria de las Flores est le plus beau moment pour être là. Pendant une dizaine de jours, Medellín célèbre ses fleurs et ses campagnes. Concerts, défilés de voitures anciennes, cavalcades, la ville entière est dehors. Le clou, c'est le desfile de silleteros. Des paysans venus des montagnes de Santa Elena descendent en portant sur le dos d'énormes structures de bois, les silletas, couvertes de milliers de fleurs assemblées en tableaux. Certaines pèsent lourd, portées par des hommes âgés qui les font depuis des décennies, de père en fils.
J'ai vu ce défilé une fois, coincée dans la foule, et j'en ai eu la gorge serrée. Il y avait quelque chose de profondément digne dans ces visages fatigués sous les fleurs. Si vous visez cette période, réservez votre logement très en avance, la ville se remplit. Le climat d'août est idéal, sec et doux, mais je détaille les nuances saison par saison dans mon guide sur le meilleur moment pour partir en Colombie.
S'échapper une journée vers Guatapé
À deux heures de route, l'excursion que tout le monde fait, et pour de bonnes raisons. On grimpe les 700 et quelques marches de la Piedra del Peñol, un rocher monumental posé au milieu de nulle part, pour découvrir en haut un paysage de lacs et de presqu'îles vertes qui n'a l'air vrai. Puis on flâne dans le village de Guatapé, dont les maisons sont décorées de bas-reliefs colorés, les zócalos, chacun racontant un métier ou une histoire de famille. C'est photogénique jusqu'à l'absurde. J'ai tout raconté dans mon carnet sur l'escapade à Guatapé et son rocher, avec mes conseils pour éviter les bus bondés.
Medellín est aussi une excellente base pour rayonner. La région caféière, avec ses collines vert tendre et ses fincas, n'est pas si loin, et je ne saurais trop conseiller d'y consacrer quelques jours après la ville, j'en parle dans mon article sur la zone du café colombien. Beaucoup d'itinéraires combinent d'ailleurs Medellín avec Bogotá, la capitale, les deux villes se répondant en miroir, l'une andine et grave, l'autre tropicale et souriante.
Je repars toujours de Medellín un peu à contrecœur. C'est une ville qui vous fait douter des idées toutes faites, qui vous rappelle que les endroits changent, se réinventent, se battent. On m'avait dit d'avoir peur. J'ai surtout eu envie de rester. Et à chaque fois que je pose mon sac ailleurs, il me manque ce climat impossible, ce printemps qui ne finit jamais, et ces paisas qui vous accueillent comme si vous rentriez à la maison.
Teste-toi
Pourquoi Medellín est-elle surnommée la ville de l'éternel printemps ?
Questions fréquentes
La ville a énormément changé et les quartiers touristiques comme El Poblado ou Laureles se vivent tranquillement. On applique le bon sens de n'importe quelle grande ville : ne pas exhiber son téléphone, prendre un VTC le soir, éviter le centre la nuit. J'en parle plus longuement dans mon article sur le danger en Colombie.
Trois à quatre jours suffisent pour la ville, la Comuna 13, le Pueblito Paisa et une journée à Guatapé. Si vous aimez l'ambiance, c'est aussi une base agréable où poser ses affaires plus longtemps, surtout dans un quartier calme comme Laureles ou Envigado.
El Poblado est central, festif, très pratique mais plus cher et un peu bulle à touristes. Laureles est plus résidentiel, arboré et local, avec de meilleurs prix et une vraie vie de quartier. Pour un premier séjour court, El Poblado ; pour sentir la ville, Laureles.
Ce n'est pas obligatoire, mais je le conseille vivement. Un guide né dans le quartier raconte la mémoire des lieux et le sens des fresques bien mieux qu'aucun panneau, et votre visite fait vivre l'économie locale. Préférez le matin pour éviter la grosse affluence.