
Régions & villes · Caraïbe
Santa Marta
En bref
- Santa Marta est la plus vieille ville de Colombie, fondée en 1525, mais on y vient surtout comme base pour le Tayrona, la Ciudad Perdida et la Sierra Nevada.
- Le centre historique se fait en une heure : cathédrale blanche, parc de Bolívar, et la quinta de San Pedro Alejandrino où mourut Simón Bolívar en 1830.
- Minca, à 45 minutes en montagne, offre fraîcheur, café bio, cascades de Marinka, observation des oiseaux et hamacs panoramiques au-dessus de la jungle.
- Taganga plonge à petit prix, Palomino cultive la plage bohème et le tubing sur le rio : les alentours valent bien plus que la ville elle-même.
Il fait une chaleur à ne plus savoir quoi faire de ses bras. On sort du bus, la sueur perle avant même d'avoir posé le sac, et une odeur de mer mêlée de gasoil te prend à la gorge. Santa Marta te reçoit comme ça, sans façon, avec ses klaxons, ses vendeurs de mangue verte au sel et son front de mer où les pélicans plongent entre les barques de pêche. La première fois, j'ai cru que je m'étais trompé d'endroit. J'étais venu chercher la carte postale caraïbe et je tombais sur une ville portuaire poussiéreuse, bruyante, un peu cabossée. Puis j'ai compris à quoi elle servait vraiment.
Santa Marta, c'est la plus vieille ville de Colombie, fondée en 1525, bien avant Carthagène. Mais soyons honnêtes : on n'y vient pas pour elle. On y vient pour ce qu'il y a autour. C'est un carrefour, une base, le point d'où l'on part vers le parc Tayrona, vers la Ciudad Perdida, vers les montagnes fraîches de la Sierra Nevada. On y débarque, on y dort une nuit ou deux, on recharge les batteries, et on file. J'y suis passé quatre ou cinq fois sans jamais y rester vraiment, et à chaque fois c'était pour mieux repartir vers les alentours, qui valent dix fois la ville.
La ville qu'on traverse plus qu'on n'habite
Ne te méprends pas, Santa Marta a son charme, à condition de l'attraper au bon moment. En pleine journée, la chaleur écrase tout et la ville tourne au ralenti. Mais le soir, quand le soleil tombe derrière le port et que la brise se lève enfin, le malecón s'anime. Les gens sortent, on vend des empanadas au coin des rues, la musique cogne depuis les bars, et depuis le front de mer tu vois la silhouette d'El Morro, ce petit îlot rocheux planté au milieu de la baie. C'est l'heure où la ville devient fréquentable, où l'on comprend que derrière la façade portuaire il y a une vraie vie caribéenne.
Le centre historique tient sur quelques rues, autour de la cathédrale blanche, l'une des plus anciennes du continent, et du parc de Bolívar. Rien de spectaculaire à l'échelle de Carthagène, sa grande rivale plus au sud, mais des maisons coloniales repeintes, des cafés à l'ombre, quelques hôtels de charme dans de vieilles bâtisses. On y passe une soirée agréable, un tinto à la main, ce café noir serré qu'on te sert partout. C'est un centre à taille humaine, qu'on fait à pied en une heure sans se presser, entre deux étals de fruits et une église fraîche où l'on se réfugie de la fournaise.
Un détail vaut le détour pour qui aime l'Histoire. À la sortie de la ville, la quinta de San Pedro Alejandrino, une ancienne hacienda de canne à sucre entourée de grands arbres, est l'endroit où Simón Bolívar est mort en 1830, malade et ruiné, alors qu'il attendait un bateau pour l'exil. Le libérateur d'une moitié de l'Amérique du Sud a fini là, dans une chambre modeste, loin des honneurs. Se promener sous ces manguiers, dans ce jardin où traînent quelques iguanes, ça remet les choses en perspective. C'est calme, ombragé, et ça change de l'agitation du centre.
El Rodadero, la plage des Colombiens
À quelques minutes en taxi au sud du centre, El Rodadero est le quartier balnéaire de Santa Marta, celui où les familles de Bogotá et de Medellín viennent poser leur serviette en vacances. Grands immeubles face à la mer, restaurants de poisson, jet-skis, vendeurs ambulants de tout et n'importe quoi. Ce n'est pas la plage sauvage de tes rêves, franchement, l'eau y est un peu trouble et le sable bien occupé. Mais l'ambiance est bon enfant, très colombienne, avec ses enfants qui courent dans les vagues et ses haut-parleurs qui crachent du vallenato.
J'y suis allé surtout pour observer les gens plutôt que pour me baigner. On te propose des tours en bateau vers l'Aquarium et vers Playa Blanca, une plage plus tranquille accessible seulement par la mer, où l'eau est nettement plus claire. Ça peut faire une bonne demi-journée si tu es coincé à Santa Marta et que le Tayrona attendra. Mais si tu cherches la vraie beauté caraïbe, garde ton énergie pour les alentours. El Rodadero, c'est la plage pratique, pas la plage qui fait rêver.
Minca, l'échappée dans la fraîcheur et les oiseaux
Si je devais garder un seul souvenir de la région, ce serait celui-là. À quarante-cinq minutes de Santa Marta, on grimpe en collectivo ou en mototaxi une route qui serpente dans la Sierra Nevada, et d'un coup la température chute. Minca, c'est un petit village posé à quelques centaines de mètres d'altitude, dans une montagne verte et humide où l'air se respire enfin. Après la fournaise de la côte, ce premier souffle frais m'a fait l'effet d'une douche. Tu arrives, tu poses ton sac, et tu comprends que tu vas rester plus longtemps que prévu.
Minca vit au rythme du café et des oiseaux. Autour du village, des fincas produisent un café bio réputé, et plusieurs se visitent : on t'explique la cueillette, le séchage, la torréfaction, et tu repars avec un sachet et l'odeur dans les mains. J'ai passé une matinée dans l'une d'elles, à suivre un producteur qui parlait de ses grains comme d'enfants. Le pays entier tourne autour de ce breuvage, et Minca en donne une version montagnarde, artisanale, loin des grandes plantations. C'est aussi un des meilleurs coins de Colombie pour l'observation des oiseaux : colibris, toucans, tangaras aux couleurs improbables. Les réserves comme celle d'El Dorado attirent des passionnés du monde entier, jumelles au cou, carnet à la main.
Les cascades de Marinka et le hamac au-dessus de la jungle
Deux choses m'ont retenu à Minca plus que le café. D'abord les cascades. Celles de Marinka, à une petite heure de marche du village ou un saut en moto, tombent en deux bassins où l'on se baigne dans une eau franchement fraîche, presque froide après la sueur de la montée. Il y a plus impressionnant dans le pays, mais le cadre, la végétation dégoulinante, le bruit de l'eau, ça suffit à mon bonheur. Prends de bonnes chaussures, les sentiers sont glissants, et pars tôt pour éviter la foule du milieu de journée.
Ensuite, les hamacs panoramiques. Il existe autour de Minca des refuges perchés sur les crêtes, dont le fameux Casas Viejas, où l'on installe des hamacs géants suspendus au-dessus du vide, face à la vallée qui plonge vers la mer. Par temps clair, on aperçoit Santa Marta et la Caraïbe au loin, tout en bas. Je me suis balancé là un après-midi entier, un livre sur le ventre que je n'ai jamais ouvert, à regarder les nuages remonter la montagne. Au coucher du soleil, la lumière fait basculer toute la vallée dans l'orange. C'est le genre de moment simple qui justifie à lui seul le détour par la Sierra. Reste dormir si tu peux, les nuits fraîches de Minca sont un cadeau après la moiteur de la côte.
La côte t'assomme de chaleur, Minca te la rend en fraîcheur. Un hamac, la vallée qui plonge vers la mer, et plus une seule raison de redescendre.Aurèle Vanhove
Taganga, le village de pêcheurs qui plonge
De l'autre côté d'une colline, à un quart d'heure de Santa Marta, Taganga est un ancien village de pêcheurs coincé dans une baie sèche et rocailleuse. Longtemps c'était le repaire des routards, avec sa réputation de fête un peu débraillée, et ça se sent encore. La plage principale n'est pas la plus jolie, poussiéreuse, bordée de restaurants simples où l'on mange le poisson du jour les pieds dans le sable. Mais Taganga a un atout sérieux : c'est l'un des endroits les moins chers d'Amérique du Sud pour apprendre à plonger.
Les centres de plongée s'alignent le long de la baie, et beaucoup de voyageurs passent ici pour décrocher leur certification à petit prix. Les fonds ne rivalisent pas avec les Caraïbes mexicaines, l'eau est parfois trouble selon la saison, mais pour se former ou faire ses premières bulles, le rapport qualité-prix est difficile à battre. J'ai croisé là des gens qui étaient venus pour deux jours et repartaient une semaine plus tard, brevet en poche. Depuis Taganga, on prend aussi le bateau pour rejoindre certaines plages du Tayrona sans faire toute la marche, ou pour aller à Playa Grande, la crique voisine, plus tranquille, où l'on déjeune d'un poisson frit face à la mer. Le village a perdu de sa magie, dit-on, mais il garde ce côté brut qui plaît à qui n'aime pas les stations lisses.
Palomino, la plage bohème et le tubing sur le rio
Plus à l'est, à environ deux heures de Santa Marta sur la route qui longe la côte, Palomino est devenu le repaire cool de la région. Un village-rue qui débouche sur une longue plage sauvage, du sable gris, des vagues fortes, des rangées de palmiers et des hamacs partout. On ne se baigne pas vraiment ici, la mer est trop agitée et les courants sérieux, mais on y vient pour l'ambiance : hôtels en bambou, cabanes les pieds dans le sable, cafés qui servent des bowls et du bon café, et le soir des feux sur la plage sous un ciel bourré d'étoiles.
L'activité qui a fait la réputation du coin, c'est le tubing. On grimpe une trentaine de minutes dans la jungle, une grosse chambre à air sur l'épaule, parfois portée par un âne, jusqu'à un point du rio Palomino. Et là on se laisse glisser au fil de l'eau, tranquille, sur la rivière qui descend de la Sierra Nevada vers la mer. Autour de toi, la forêt, les oiseaux, la montagne enneigée qui se devine tout au fond les jours clairs. Ça dure une heure ou deux, on ne fait rien d'autre que flotter, et c'est exactement le genre de paresse active dont on a besoin après un trek. Je l'ai fait un après-midi de grand soleil, et je me souviens encore de cette impression de dériver entre deux mondes, la jungle d'un côté, le fracas de la mer qui approche de l'autre. Palomino, c'est la Colombie caraïbe version bohème, celle où l'on pose son sac et où l'on oublie de repartir.
| Lieu | Ambiance | À faire | Distance de Santa Marta |
|---|---|---|---|
| Minca | Montagne fraîche, café, oiseaux | Fincas de café, cascades de Marinka, hamacs panoramiques | Environ 45 min |
| Taganga | Village de pêcheurs, routarde | Plongée bon marché, bateau vers Playa Grande | Environ 15 min |
| Palomino | Plage bohème, cool | Tubing sur le rio, hamacs, feux le soir | Environ 2 h |
| Parc Tayrona | Jungle et plages sauvages | Marche, criques, nuit en hamac | Environ 1 h |
| El Rodadero | Balnéaire familial colombien | Plage, bateau vers Playa Blanca | Environ 10 min |
Faire de Santa Marta sa base, sans plus
Voilà comment je vois les choses après plusieurs passages. Santa Marta est un point d'appui, pas une destination. On y arrive par la route depuis Carthagène ou Barranquilla, ou par son petit aéroport, on y prend une chambre correcte, on fait ses courses, on organise ses excursions, et on rayonne. Une nuit ou deux en ville suffisent largement. Le reste du temps, on le passe dehors : dans la fraîcheur de Minca, sous les palmiers du Tayrona, dans le rio de Palomino ou sur le sentier de la Ciudad Perdida, ce trek de plusieurs jours dans la Sierra qui reste, pour moi, l'expérience la plus forte de toute la côte. Si l'aventure à pied te tente ailleurs dans le pays, j'en parle plus largement dans mon carnet sur la randonnée en Colombie.
Question saison, la région se visite toute l'année mais la période sèche, de décembre à mars environ, rend les sentiers plus praticables et le ciel plus franc. En saison humide, les averses transforment les pistes de Minca en toboggans de boue, en échange d'une jungle éclatante et de moins de monde. Pour caler tout ça avec le reste de ton voyage, jette un œil à mon guide sur quand partir en Colombie. Un dernier conseil : ne juge pas Santa Marta sur ta première impression de sueur et de klaxons. Donne-lui une soirée sur le malecón, puis pars vers les hauteurs. La ville n'est que le seuil. Tout le reste commence quand tu la quittes.
Teste-toi
Quel personnage historique est mort à la quinta de San Pedro Alejandrino, près de Santa Marta ?
Questions fréquentes
Une nuit ou deux suffisent pour la ville elle-même, le temps de voir le centre historique et de profiter du malecón un soir. Le reste du temps, mieux vaut le passer dans les environs, qui valent bien plus que la ville : Minca, le Tayrona, Palomino.
On monte en collectivo partagé ou en mototaxi depuis le centre, en environ 45 minutes sur une route qui grimpe dans la Sierra Nevada. Dès qu'on prend de l'altitude, la chaleur retombe et l'air devient bien plus respirable qu'en bas.
En ville et à El Rodadero, l'eau est correcte mais un peu trouble et les plages fréquentées. Pour de belles baignades, mieux vaut viser Playa Grande près de Taganga ou les criques du parc Tayrona. À Palomino, la mer est trop agitée pour nager.
On grimpe une trentaine de minutes dans la jungle avec une grosse chambre à air, jusqu'à un point du rio Palomino, puis on se laisse glisser au fil de l'eau jusque vers la mer. Ça dure une à deux heures, entre forêt, oiseaux et vue sur la Sierra.