
Nature & aventure · Aventure
Randonner en Colombie
En bref
- La vallée de Cocora et ses palmiers de cire géants offrent la plus belle marche facile du pays, en cinq à six heures de boucle.
- Le trek de la Ciudad Perdida se fait en quatre à cinq jours, uniquement avec une agence agréée, au départ de Santa Marta.
- Le páramo, cet étage de montagne couvert de frailejones, est un château d'eau fragile qu'on parcourt sans jamais quitter les sentiers.
- L'altitude prime sur le dénivelé : Bogotá est déjà à 2600 m, on s'acclimate quelques jours avant d'attaquer un nevado.
Le premier matin dans la vallée de Cocora, j'ai cru qu'on avait triché avec l'échelle. Des palmiers de trente mètres, plus hauts que les nuages qui traînaient au fond de la vallée, plantés dans une pelouse verte comme un tapis de billard. On m'avait dit que la Colombie se marchait bien. Personne ne m'avait prévenu qu'elle se marchait à bout de souffle, dans la boue jusqu'aux mollets, avec des décors qui changent tous les mille mètres de dénivelé. J'y suis retourné trois fois depuis. Je n'ai toujours pas fini de comprendre ce pays par les pieds.
Ce qui rend la rando colombienne particulière, c'est qu'on passe de la jungle moite au gel de nuit dans la même semaine. La cordillère des Andes se sépare ici en trois branches, et entre elles il y a des vallées, des déserts, des étages de végétation qui n'existent nulle part ailleurs. Voici ce que j'ai marché, ce que j'ai raté, et ce que je referais sans hésiter.
Cocora, les palmiers qui touchent le ciel
C'est la carte postale, et pour une fois elle ne ment pas. Le palmier de cire, l'arbre national, pousse ici à des altitudes où aucun palmier n'a rien à faire, autour de 2400 à 3000 mètres. La boucle classique se fait en cinq ou six heures depuis le hameau de Cocora, au départ des jeeps Willys qui vous secouent depuis Salento. J'ai fait la boucle dans le sens conseillé, montée d'abord par la forêt humide, passages de rivière sur des ponts de câbles qui grincent, puis la fameuse clairière aux palmiers gardée pour la fin. Bon calcul: on arrive lessivé, et le décor vous remet debout.
Prévoyez la boue. Vraiment. J'y suis allé en mars en pensant esquiver la pluie, et j'ai quand même fini avec des chaussures méconnaissables. Partez tôt, avant que les nuages ne montent et n'avalent la vallée vers midi. Tout le détail de l'accès et des variantes est dans mon guide de la vallée de Cocora, mais l'essentiel tient en une phrase: c'est une des marches les plus faciles du pays pour un des plus beaux points de vue.
Un mot sur le rythme, parce qu'on me pose souvent la question. La boucle grimpe d'environ 400 mètres, rien de méchant, mais le sol détrempé double l'effort et certains passages de rivière demandent un peu d'équilibre. Prenez de l'eau, une veste, et gardez du temps pour la réserve de colibris à mi-parcours, une cabane perdue dans la forêt où l'on paie une misère pour voir des dizaines d'oiseaux tourner autour des mangeoires. J'y suis resté une heure sans voir le temps passer.
La Ciudad Perdida, quatre jours dans la Sierra
Si Cocora est une promenade, la Ciudad Perdida est un engagement. Quatre à cinq jours aller-retour pour rejoindre la cité teyuna, construite par les Tayrona bien avant le Machu Picchu, perdue dans la jungle de la Sierra Nevada de Santa Marta. Le trek se fait obligatoirement avec une agence agréée, on ne part pas seul là-dedans, et c'est très bien ainsi: le sentier traverse des territoires indigènes et une forêt où l'on se perdrait en dix minutes.
Je garde un souvenir physique de ce trek. La chaleur qui colle, les rivières qu'on traverse à gué plusieurs fois par jour, les nuits en hamac sous moustiquaire à écouter la jungle respirer. Et au bout, les 1200 marches de pierre couvertes de mousse qui montent vers les terrasses. On arrive en nage, le cœur qui cogne, et il y a ce silence bizarre au sommet, comme si le lieu vous demandait de vous taire. Les détails logistiques, ce que j'ai mis dans mon sac et ce que j'aurais dû laisser, je les ai rassemblés dans mon récit de la Ciudad Perdida. Le point de départ, c'est Santa Marta, la vieille ville portuaire où l'on récupère avant et après.
Le páramo, ce monde irréel
Il faut avoir marché dans un páramo une fois pour comprendre pourquoi les Colombiens en parlent presque à voix basse. C'est un étage de montagne au-dessus de la forêt et en dessous des neiges, entre 3000 et 4500 mètres, qui n'existe presque que dans le nord des Andes. Le sol est spongieux, saturé d'eau, couvert de mousses. Et partout, plantés comme des sentinelles, les frailejones: de grandes plantes velues qui ressemblent à des ananas montés sur tige, certaines centenaires, qui poussent d'un centimètre par an. Quand la brume passe entre eux, on se croirait sur une autre planète.
Le plus accessible depuis la capitale, c'est le parc de Chingaza, à deux heures de route selon la saison depuis Bogotá. On y marche entre les frailejones avec les lagunes glaciaires en toile de fond, et avec un peu de chance on croise les traces d'un ours à lunettes. J'y suis monté un matin où l'air était si froid et si fin que chaque phrase me coupait le souffle au milieu. Plus au nord, la Sierra Nevada del Cocuy offre le grand jeu: lagunes turquoise, glaciers qui reculent, sommets à plus de 5000 mètres. L'accès y est parfois fermé ou restreint, souvent pour des raisons de préservation ou d'accord avec les communautés U'wa, donc vérifiez avant de vous lancer. Et il y a Los Nevados, autour du Nevado del Ruiz, où l'on marche sur des cendres et de la neige dans le même après-midi.
Dans le páramo, on ne fait pas que marcher. On boit l'eau du pays à sa source, littéralement. Ces plateaux gorgés d'eau alimentent la moitié des robinets de Colombie.Aurèle Vanhove
Ce détail m'a marqué. Le páramo est un château d'eau. Les frailejones captent l'humidité des nuages et la restituent goutte à goutte dans le sol, qui alimente les rivières, qui alimentent les villes. Un pas de travers écrase une plante qui mettra un siècle à revenir. C'est pour ça qu'on reste sur les sentiers, toujours, même quand la boue tente de vous faire couper à travers.
Minca et la Sierra, la version douce
Tout le monde n'a pas envie de quatre jours de jungle. Minca, petit village perché dans les contreforts de la Sierra Nevada au-dessus de Santa Marta, offre une entrée en matière plus tranquille. On y marche à la journée entre les fincas de café et de cacao, on se baigne dans des cascades, on grimpe vers des points de vue qui plongent jusqu'à la mer des Caraïbes. Le matin, la brume monte de la vallée et les oiseaux font un raffut incroyable. C'est la Sierra Nevada en mode contemplatif, celle où l'on prend un tinto, le café noir, sur une terrasse en attendant que la chaleur retombe.
Un peu plus bas, le sentier côtier du parc Tayrona mérite sa réputation: on marche dans la forêt tropicale avec la mer qui apparaît entre les cocotiers, sur des plages où la baignade est parfois interdite tant les courants sont forts. Ce n'est pas de la haute montagne, mais quelques heures sous cette moiteur suffisent à comprendre pourquoi on garde de l'eau en rab.
Ce que j'aime avec Minca, c'est qu'on y arrive fatigué de la ville et qu'on en repart lavé. Les mototaxis grimpent les pistes défoncées en klaxonnant, les hamacs pendent sur des terrasses ouvertes sur la jungle, et le soir la température tombe juste assez pour bien dormir. On peut y rester deux jours ou deux semaines. J'ai croisé des voyageurs qui devaient passer une nuit et qui étaient là depuis un mois, à apprendre à torréfier le café chez un producteur.
Les randos par niveau, pour choisir
Voici comment je classe, grosso modo, les marches que j'ai faites ou que des amis de confiance m'ont racontées. La difficulté tient autant à l'altitude qu'au dénivelé: 3800 mètres, ça change tout, même sur du plat.
| Randonnée | Durée | Difficulté | Région |
|---|---|---|---|
| Vallée de Cocora | 5 à 6 h (boucle) | Facile | Eje cafetero (Quindío) |
| Minca et cascades | Demi-journée à 1 j | Facile | Sierra Nevada (Magdalena) |
| Sentier Tayrona | 1 à 2 j | Modérée (chaleur) | Côte Caraïbe (Magdalena) |
| Páramo de Chingaza | 1 j | Modérée (altitude) | Cundinamarca, près de Bogotá |
| Ciudad Perdida | 4 à 5 j | Soutenue | Sierra Nevada (Magdalena) |
| Los Nevados | 1 à 3 j | Soutenue (altitude) | Cordillère centrale (Caldas) |
| Sierra del Cocuy | 2 à 5 j | Exigeante | Boyacá (accès à vérifier) |
L'altitude, cette histoire de souffle
Bogotá est déjà à 2600 mètres. Beaucoup de gens sous-estiment ça. On arrive de l'aéroport, on monte les escaliers de l'hôtel et on comprend que quelque chose cloche avec l'air. Rien de grave, mais le corps a besoin de temps. Mon conseil, celui que je me suis donné à mes dépens: passez deux ou trois jours en altitude modérée avant d'attaquer un páramo ou un nevado. Buvez énormément d'eau, ralentissez, et si la tête cogne vraiment, redescendez. Le mal aigu des montagnes ne prévient pas toujours.
Une fois, sur un plateau à 4000 mètres, j'ai voulu jouer les malins et suivre un groupe plus rapide. Trente minutes plus tard j'étais assis sur un rocher, la vue qui tanguait, à compter mes respirations. La montagne se moque de l'orgueil. Sur les questions de santé, de coca en feuilles ou d'acclimatation, je préfère renvoyer à un professionnel de santé avant le départ plutôt que de jouer au médecin. Chaque corps réagit à sa façon.
Guides, météo et respect du terrain
Pour la plupart des grosses marches, un guide n'est pas un luxe, c'est souvent une obligation ou du simple bon sens. La Ciudad Perdida ne se fait qu'en groupe encadré. Le Cocuy exige des guides locaux. Même à Chingaza, l'entrée passe par un opérateur agréé. Au-delà de la sécurité, ces guides connaissent le terrain, les communautés, et ils font vivre les villages autour. J'ai toujours appris quelque chose en marchant avec eux, souvent des choses qu'aucune appli ne vous dira.
La météo, elle, se lit à l'heure près. En montagne colombienne, le matin est votre ami: ciel dégagé, sol encore ferme. Vers midi les nuages montent, et l'après-midi la pluie s'installe souvent. Il n'y a pas vraiment de saison sèche parfaite dans les Andes, plutôt des mois moins pluvieux, ce qui bouge selon les versants. Le calendrier détaillé, je l'ai décortiqué dans mon article sur quand partir en Colombie. Retenez le réflexe: partir tôt, prévoir la couche imperméable, accepter que le sommet reste parfois caché.
Et puis il y a le respect, tout bête. On reste sur les traces, on ne cueille rien, on redescend ses déchets, on demande avant de photographier les gens. Les páramos sont fragiles au point qu'un simple raccourci laisse une cicatrice pour des décennies. Ceux qui veulent aller vraiment loin du monde poussent parfois jusqu'à l'Amazonie colombienne, une autre planète encore, où la marche cède la place à la pirogue. Mais ça, c'est un autre voyage.
Ce que je referais
Si je ne devais garder que trois marches, je prendrais Cocora pour la beauté immédiate, la Ciudad Perdida pour l'aventure qui vous change, et une journée de páramo pour ce sentiment d'irréel que je n'ai retrouvé nulle part ailleurs. Le reste, on l'ajoute selon le temps, la forme, l'envie de boue. La Colombie récompense ceux qui montent lentement et regardent autour. ¡Qué chévere!, comme on dit ici quand quelque chose est vraiment chouette. Et croyez-moi, ça l'est.
Teste-toi
Qu'est-ce qu'un frailejón, cette plante emblématique du páramo colombien ?
Questions fréquentes
Pour les grosses marches, oui : la Ciudad Perdida ne se fait qu'en groupe encadré, et le Cocuy comme Chingaza passent par un opérateur agréé. Pour Cocora ou une journée à Minca, on peut partir seul sans souci.
La boucle de la vallée de Cocora, cinq à six heures sur un sentier bien tracé pour un des plus beaux points de vue du pays. Prévoyez juste de la boue et des chaussures qui craignent.
Quatre à cinq jours aller-retour selon le rythme, en dormant en hamac. On part de Santa Marta avec une agence, et l'arrivée aux terrasses de pierre vaut chaque goutte de sueur.
Passez deux ou trois jours en altitude modérée avant d'attaquer un páramo ou un nevado, buvez beaucoup d'eau et ralentissez. Si les maux de tête s'installent, on redescend. Pour tout doute, mieux vaut voir un professionnel de santé avant le départ.