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Villa de Leyva

IMG hero (Nano Banana) : immense place pavée de Villa de Leyva au petit matin, maisons coloniales blanches à volets bruns, montagnes andines sèches en arrière-plan, lumière dorée rasante, quelques passants minuscules

En bref

Il faut arriver la veille au soir et se lever tôt, très tôt, pour comprendre Villa de Leyva. J'ai poussé la porte de la posada alors que le village dormait encore, et je suis tombée sur la Plaza Mayor complètement vide. Une esplanade de pavés ronds qui n'en finit pas, cernée de maisons blanches à volets bruns, sans une voiture, sans un cri. Le brouillard des Andes traînait encore au ras des toits. J'ai marché au milieu, mes semelles claquant sur les galets inégaux, et j'ai eu cette sensation bizarre d'être entrée dans une ville qu'on aurait oublié de faire vieillir.

Puis le village s'est réveillé, doucement, à son rythme. Un balayeur, un chien, l'odeur du tinto (le petit café noir) qui sortait d'une échoppe. Villa de Leyva ne se presse jamais. C'est pour ça, je crois, que les Bogotanais y débarquent en masse le week-end : ils viennent poser leur capitale au vestiaire.

Une place qui écrase tout le reste

On m'avait prévenue, la Plaza Mayor est immense. Je ne m'attendais quand même pas à ça. On cite souvent Villa de Leyva comme l'une des plus grandes places pavées d'Amérique latine, et sur place le chiffre importe peu : ce qui frappe, c'est le vide. Pas de fontaine monumentale au centre, pas de statue héroïque, juste un petit puits de pierre modeste et beaucoup, beaucoup d'espace. Les proportions sont tellement généreuses que les gens qui la traversent ressemblent à des fourmis.

Le village entier tient dans cette logique. Rues pavées, façades blanchies à la chaux, portes en bois massif, géraniums aux balcons. Un décret a figé le centre historique il y a des décennies, on n'a pas le droit d'y planter du béton ni des enseignes criardes. Résultat, on marche dans quelque chose qui ressemble beaucoup au XVIIe siècle, avec le wifi en plus. Les pavés, d'ailleurs, sont une épreuve pour les chevilles. Prévoyez de bonnes chaussures et oubliez les talons, sauf si vous aimez souffrir.

Le village a été fondé à la toute fin du XVIe siècle, et il a longtemps servi de refuge tranquille aux notables de la région, loin de l'agitation coloniale. Ça se sent encore. Rien n'est grandiose ici, tout est à taille humaine : de petites églises, quelques couvents, des maisons de maître transformées en posadas. J'aime cette modestie. On n'est pas venu m'éblouir, on m'a juste laissée entrer et flâner. Le soir, quand les lampadaires s'allument un à un et que la chaux des murs vire à l'ambre, la place prend une douceur que peu d'endroits en Colombie savent offrir.

La Plaza Mayor à sept heures, avant les cars de Bogotá · IMG : immense place pavée déserte de Villa de Leyva au petit matin, maisons blanches à volets bruns, brume andine sur les toits, lumière dorée rasante

L'escapade préférée de Bogotá

Villa de Leyva se mérite un peu, mais pas trop. Depuis la capitale colombienne, comptez deux à trois heures de route selon le trafic à la sortie de la ville, qui peut être franchement pénible le vendredi soir. On grimpe, on redescend, on longe des collines sèches du département de Boyacá, et puis le bourg apparaît en contrebas, tout blanc dans sa cuvette. La région tourne autour de 2100 mètres d'altitude, un peu plus bas que Bogotá, donc l'air y est plus doux, plus sec, presque tiède en journée. Le soir, ça retombe vite : une petite laine n'est jamais de trop. Le trajet lui-même a son charme une fois passé les faubourgs, avec ces virages qui découvrent la vallée et des vendeuses de fromage frais aux abords de la route. Si vous conduisez, prenez votre temps, il n'y a rien à gagner à foncer.

Le week-end, le village change de peau. Les familles de la capitale arrivent, les restaurants se remplissent, les boutiques d'artisanat ouvrent grand leurs portes. C'est vivant, agréable, un peu bruyant sur la place le samedi soir. Si vous cherchez le Villa de Leyva silencieux de mes matins, venez plutôt en semaine, ou faites comme moi : levez-vous avant tout le monde. Pour caler votre venue, un coup d'oeil sur la meilleure période pour partir en Colombie aide, même si à cette altitude on passe rarement une mauvaise journée. La saison sèche rend juste les excursions autour plus confortables.

J'ai compris Villa de Leyva sur ces pavés déserts à l'aube, quand la place entière n'était qu'à moi et au brouillard.Salomé Vaneau

Autour du village, un terrain de jeu qui surprend

On pourrait croire qu'un si petit bourg s'épuise en une demi-journée. C'est l'inverse. Le vrai intérêt de Villa de Leyva, c'est ce qu'il y a autour, dans un rayon de quelques kilomètres. Et le paysage se déguise vite en désert : sols ocre, cactus, ravines. On est loin des clichés verts de la Colombie, ce qui en dit long sur la géographie contrastée du pays.

Le coin est un vieux fond marin. Il y a des millions d'années, tout ça baignait sous l'eau, et les fossiles affleurent encore. Au musée El Fósil, on m'a montré un kronosaure presque complet, un reptile marin géant, laissé là où on l'a déterré. Plus loin, le Centre de recherches paléontologiques expose d'autres bestioles du même acabit. J'avoue avoir traîné plus longtemps que prévu devant ces ammonites énormes vendues au bord de la route pour trois fois rien. Il y a quelque chose de vertigineux à tenir dans la main un coquillage de deux cents millions d'années à 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans une région qui ressemble aujourd'hui à un bout de désert. On sent la Terre bouger sous nos échelles ridicules.

À côté, le désert de la Candelaria offre ses paysages lunaires et un monastère du XVIe siècle posé au milieu de nulle part. Il y a aussi les Pozos Azules, des bassins d'un bleu turquoise irréel au milieu du sable ocre : on ne s'y baigne pas, on regarde, on photographie, on repart. Et puis le vignoble, oui, un vignoble colombien en altitude tropicale, où j'ai goûté un blanc honnête en me disant que la vigne pousse vraiment partout où on s'entête. Le monastère du Santo Ecce Homo, un ancien couvent dominicain aux sols pavés de fossiles, vaut le détour rien que pour son cloître silencieux.

Les Pozos Azules, bleu improbable au milieu de l'ocre · IMG : bassins turquoise Pozos Azules près de Villa de Leyva, terre ocre aride et cactus autour, ciel andin dégagé, contraste de couleurs saturées

À faire autour de Villa de Leyva

Beaucoup de ces sites sont éparpillés sur des pistes poussiéreuses. On peut louer un vélo, prendre un tour organisé sur la place, ou négocier un taxi à la demi-journée. J'ai fait un mix, et franchement le vélo sur les chemins plats du désert reste mon meilleur souvenir, même si j'ai fini couverte de poussière ocre.

LieuCe qu'on y trouve
Musée El FósilUn kronosaure fossilisé quasi complet, laissé sur son lieu de découverte
Désert de la CandelariaPaysages arides, cactus et vieux monastère isolé
Pozos AzulesBassins turquoise au milieu du sable, arrêt photo
Vignoble Ain KarimDégustation d'un vin d'altitude tropicale, vue sur les rangs de vigne
Santo Ecce HomoCouvent du XVIe siècle, cloître pavé de fossiles
Casa TerracotaMaison géante entièrement en argile cuite, curiosité architecturale

Casa Terracota, justement, mérite un mot : une maison entière modelée dans l'argile puis cuite, comme une poterie habitable. C'est kitsch, c'est étrange, et les enfants adorent. Villa de Leyva se prête bien à un voyage en famille pour cette raison, il y a du concret à toucher partout.

Un mot sur l'organisation, parce que ça m'a un peu prise au dépourvu. Les distances semblent minuscules sur la carte, mais les pistes sont lentes et poussiéreuses, et le soleil d'altitude tape fort même quand l'air reste frais. J'ai fini avec un coup de soleil idiot sur la nuque en croyant qu'il faisait doux. Chapeau, crème, gourde. Les tours groupés qui partent de la place couvrent en général cinq ou six sites en une demi-journée, ce qui est pratique si vous manquez de temps, mais on court un peu. Louer un vélo ou un chauffeur pour soi laisse respirer, s'arrêter, traîner devant une ammonite sans qu'un guide vous presse.

Marché, cerfs-volants et petits plaisirs

Le samedi matin, le marché s'installe un peu à l'écart du centre. J'y suis allée pour les fruits, je suis repartie avec du fromage frais, des arepas encore chaudes et une confiture de mûres andines dont je rêve encore. C'est là qu'on voit la vraie vie de Boyacá, les paysans en ruana (le poncho de laine local), les patates de vingt variétés, les herbes qu'on ne sait pas nommer.

Côté table, Villa de Leyva s'est bien débrouillée sans se dénaturer. Autour de la place et dans les ruelles adjacentes, on trouve des restaurants installés dans de vieilles cours à patio, où j'ai mangé une truite de la région et un cochon confit qui m'ont largement suffi. Les cafés de spécialité ont fleuri aussi, ce qui n'étonne pas dans un pays qui vit pour son grain. Je me suis posée un après-midi entier avec un tinto et un carnet, à regarder la place se remplir doucement, et c'est peut-être le souvenir le plus juste que je garde du village : ne rien faire, mais bien.

Et puis il y a le vent. Villa de Leyva est balayée par des courants d'air réguliers, ce qui en a fait la capitale colombienne du cerf-volant. Chaque mois d'août, le Festival des cerfs-volants transforme la Plaza Mayor en ciel bariolé, avec des dizaines de familles la tête en l'air et des fils emmêlés partout. Je suis tombée dessus un peu par hasard, et c'est devenu l'une de mes images préférées de Colombie : cette place démesurée, d'habitude si sage, couverte de couleurs qui montent.

Villa de Leyva s'intègre facilement dans un parcours plus large. Beaucoup y passent deux nuits avant de filer vers le sud ou la côte, et le village trouve naturellement sa place dans un itinéraire de trois semaines en Colombie. Ceux qui aiment les bourgs coloniaux figés dans le temps devraient d'ailleurs pousser un jour jusqu'à Popayán, la ville blanche du sud, très différente d'ambiance mais cousine d'esprit.

Ce que je retiens

Villa de Leyva n'a pas de monument qui vous met à genoux, pas de vue spectaculaire depuis un sommet. Ce qu'elle offre, c'est un rythme. Une lenteur assumée, des pavés qui vous obligent à regarder où vous marchez donc à ralentir, une place tellement vaste qu'elle rend humble. J'y suis restée deux nuits, j'aurais pu en faire trois sans m'ennuyer une minute. Venez pour le calme, restez pour le désert, les fossiles et ce blanc qui, à la tombée du jour, vire au rose. Et si vous ne deviez retenir qu'un conseil de moi : sacrifiez une grasse matinée, sortez avant le petit-déjeuner, et allez vous planter seul au milieu de la Plaza Mayor pendant qu'elle dort encore. Vous comprendrez pourquoi les Bogotanais y reviennent, week-end après week-end, comme on rentre à la maison.

Teste-toi

Pourquoi Villa de Leyva accueille-t-elle chaque année un festival de cerfs-volants ?

Questions fréquentes

Le village lui-même se parcourt en une demi-journée, mais les alentours (fossiles, désert, Pozos Azules, vignoble) méritent au moins une journée de plus. J'y suis restée deux nuits et je ne me suis pas ennuyée une minute.

Comptez deux à trois heures de route selon le trafic à la sortie de la capitale. Des bus directs partent du terminal nord, et beaucoup de voyageurs y vont en voiture le week-end. Évitez le vendredi soir si vous détestez les bouchons.

À 2100 mètres, le climat reste doux toute l'année. La saison sèche rend juste les excursions dans le désert plus confortables, et venir en semaine évite l'affluence des Bogotanais du week-end.

Le musée El Fósil et son kronosaure, le désert de la Candelaria, les bassins turquoise des Pozos Azules, un vignoble d'altitude et le monastère du Santo Ecce Homo. Le vélo est idéal pour relier ces sites sur les pistes plates.