Préparer son voyage · Transport

Itinéraire de 3 semaines en Colombie

IMG hero (Nano Banana) : carte imaginaire d'un grand tour de Colombie tracé à la main sur fond de collines caféières vertes, palmiers de cire au loin, lumière douce de fin de journée andine

En bref

Vingt-et-un jours. La première fois que j'ai posé ce chiffre sur un calendrier, il m'a paru énorme, presque indécent. Et puis j'ai commencé à additionner les trajets, les vols internes, les journées où on arrive lessivée et bonne à rien, et le chiffre a fondu. Trois semaines en Colombie, ce n'est pas deux semaines avec du rab. C'est autre chose. C'est le moment où on arrête de courir d'une case à l'autre et où on s'autorise à rester un jour de plus parce que le café était bon et la conversation pas finie.

Je reviens de ce grand tour, celui qui relie les Andes à la Caraïbe en passant par la zone caféière, et je vais vous raconter mon déroulé. Pas un modèle à cocher. Juste ce que j'ai fait, ce que j'ai gardé, et surtout ce que la semaine supplémentaire m'a permis d'ajouter sans avoir l'impression de faire un rallye.

Ce que la troisième semaine change vraiment

Quand on n'a que quinze jours, on tranche dans le vif. On garde Bogotá, la zone café, Medellín, la côte, et on sacrifie tout le reste. J'ai décrit ce compromis ailleurs, dans mon itinéraire de 2 semaines en Colombie, et honnêtement il tient très bien la route. Mais il laisse des trous. La sept jours de plus, elle sert à combler exactement ces trous-là.

Concrètement, elle m'a donné trois choses. D'abord Villa de Leyva et les alentours de Bogotá, ce petit détour colonial qu'on rate presque toujours faute de temps. Ensuite Cali et une vraie soirée salsa, pas une case touristique mais une nuit passée à transpirer dans un club de Juanchito. Et puis, à la toute fin, le luxe de choisir : soit le trek vers la Ciudad Perdida, quatre jours dans la jungle, soit le grand écart vers San Andrés et Providencia, ces îles caribéennes posées à mille kilomètres de la côte. Sur deux semaines, aucune de ces trois choses ne rentre. Sur trois, on en case deux sans forcer, parfois les trois si on accepte de dormir dans le bus.

L'autre changement, plus discret, c'est le rythme. J'ai gardé au moins un jour blanc par grande étape. Un jour sans rien de prévu. C'est là que se passent souvent les meilleurs souvenirs, ceux qu'aucun guide ne planifie.

Il y a aussi une question d'argent qui joue en votre faveur. Une semaine de plus ne coûte pas proportionnellement plus cher : le gros du budget part dans le billet d'avion international et les vols internes, qui ne bougent pas. Ce qui s'ajoute, ce sont des nuits et des repas, souvent modestes. J'ai découvert qu'en ralentissant, on dépense parfois moins par jour, parce qu'on cuisine, qu'on trouve la pension au bon prix, qu'on ne paie plus le taxi de la course contre la montre. Rester coûte moins que courir.

Jours 1 à 5 : Bogotá et le détour de Villa de Leyva

J'atterris à Bogotá, comme presque tout le monde. La ville est à 2 600 mètres et ça se sent dès la première côte : le souffle qui manque, le cœur qui tape pour trois marches. Je laisse toujours deux nuits pleines ici, le temps de m'acclimater et de traîner dans La Candelaria, le vieux quartier aux façades peintes. Le musée de l'Or un matin, la montée au Monserrate un après-midi clair, un tinto brûlant (le café noir serré, celui qu'on boit debout partout) à chaque coin de rue. J'ai raconté la ville en détail dans mon guide de la capitale colombienne, je ne refais pas le tour ici.

Le troisième matin, je file vers le nord. Trois heures et demie de route et on tombe sur Villa de Leyva, un village colonial figé dans le blanc et la pierre, avec une place pavée si vaste qu'elle en paraît vide. C'est le genre d'endroit où on ne fait rien et où c'est très bien comme ça. Je suis restée deux nuits. Marché du samedi, balade à cheval dans le désert alentour, fossiles d'ammonites grands comme des roues de charrette. Sur un itinéraire court, ce détour saute. Là, il s'impose de lui-même, et c'est une des respirations que je préfère du voyage.

Place pavée de Villa de Leyva un matin de marché · IMG : grande place coloniale pavée de Villa de Leyva, façades blanches, ciel andin bleu vif, quelques villageois installant des étals de fruits au petit matin

Jours 6 à 9 : la zone café, Salento et la vallée de Cocora

Retour à Bogotá pour un vol interne, direction Pereira ou Armenia, au cœur de l'eje cafetero. En une heure de vol on change de monde : les Andes sèches laissent la place à des collines vertes gorgées de pluie, plantées de caféiers en rangs serrés. Je pose mes valises à Salento, un bourg coloré tout en balcons et en portes multicolores, et je ne bouge plus pendant trois nuits.

Une journée pour la vallée de Cocora et ses palmiers de cire, ces géants de soixante mètres qui semblent avoir poussé au mauvais endroit, plantés dans une vallée verte et souvent noyée de brume. La rando est boueuse, il faut de vraies chaussures, mais le spectacle vaut chaque glissade. Une autre journée pour visiter une finca et suivre le grain de la cerise à la tasse. C'est là que j'ai vraiment compris pourquoi le café colombien a cette réputation. Et une journée blanche, la mienne, à ne rien faire d'autre que boire des tinto sur un balcon en regardant tomber l'averse de l'après-midi.

Jours 10 à 13 : Medellín, Guatapé et le contraste

Vol ou route vers Medellín. Je préfère le vol, court, plutôt que les longues heures de virages, mais la route par le col traverse de beaux paysages si le cœur vous en dit. Medellín m'a cueillie. La ville du printemps éternel, coincée dans sa vallée, avec son métro immaculé dont les habitants sont si fiers et ses téléphériques qui grimpent vers les quartiers accrochés à la pente.

Je consacre une journée à Comuna 13, ce quartier qui a connu le pire et qui se raconte aujourd'hui en fresques et en escaliers mécaniques à ciel ouvert. Un guide local du coin, jamais un tour anonyme : la différence est énorme. Une autre journée pour l'excursion à Guatapé et son rocher, El Peñol, deux cent et quelques marches jusqu'à une vue sur un lac découpé en mille bras. Le village en contrebas est un festival de couleurs, avec ses zócalos, ces frises peintes en bas des maisons. Et je garde toujours une soirée pour flâner à Laureles ou El Poblado, sans plan précis.

C'est à Medellín que le contraste du voyage m'a le plus frappée. On sort des collines calmes de la zone café pour tomber dans une ville qui bouge vite, qui a réinventé son image à coups de bibliothèques posées dans les quartiers pauvres et de transports qui désenclavent la pente. Je ne suis pas historienne et je me garde des grands discours, mais on sent partout que la ville a décidé de tourner une page. Prenez le téléphérique jusqu'en haut d'une des comunas au coucher du soleil, quand les lumières s'allument dans la cuvette : c'est gratuit, c'est bondé d'habitants qui rentrent du travail, et ça vaut tous les points de vue payants.

Jours 14 et 15 : Cali et la salsa, l'option qu'on s'offre

Voilà typiquement l'étape que deux semaines forcent à couper. Un saut à Cali, la capitale mondiale de la salsa, celle qui se danse à un rythme fou, plus rapide qu'ailleurs. J'y suis allée surtout pour ça. J'ai pris un cours l'après-midi, ravalé ma fierté devant des enfants de huit ans qui dansaient mieux que moi, puis suivi un groupe le soir vers les clubs. La ville n'est pas la plus jolie du pays, disons-le franchement. Mais l'énergie, la chaleur moite du soir, la musique qui sort de partout, ça compense largement. Si la danse ne vous parle pas du tout, sautez cette étape et offrez-vous deux jours de plus sur la côte. C'est le beau problème de la troisième semaine : on peut vraiment choisir.

La semaine en plus ne sert pas à voir davantage. Elle sert à rester. C'est très différent.Salomé Vaneau
Un club de salsa à Cali, tard le soir · IMG : intérieur d'un club de salsa à Cali la nuit, couples en train de danser, lumières rouges et chaudes, ambiance moite et vivante, flou de mouvement

Jours 16 à 19 : la côte Caraïbe, Carthagène et Tayrona

Vol vers la côte. Le choc thermique est brutal : on passe des soirées fraîches des Andes à une chaleur poisseuse qui colle à la peau dès l'aéroport. Carthagène d'abord, la ville murée, ses ruelles ocre et ses bougainvilliers qui débordent des balcons. Deux nuits dans la vieille ville, à sortir le soir quand la chaleur retombe et que les places se remplissent. Une excursion possible vers les îles du Rosario si on veut du sable et de l'eau turquoise.

Puis quatre heures de route vers l'est jusqu'à Santa Marta, base moins glamour mais bien placée. De là, une journée dans le parc Tayrona, où la jungle vient mourir sur des plages de carte postale. La marche d'accès est longue et il fait une chaleur d'étuve, mais arriver à Cabo San Juan et se baigner là, entre deux rochers, c'est un des moments que je garde. Prévoyez de partir tôt, très tôt, avant que le soleil ne tape.

Un mot d'honnêteté sur cette étape de côte. La chaleur est vraiment éprouvante, surtout si vous arrivez des Andes où les nuits sont fraîches. Le premier jour, j'étais vidée à midi, incapable de marcher. Il faut boire beaucoup, se caler les visites tôt le matin ou en fin d'après-midi, et accepter la sieste comme un vrai temps de la journée. Les Colombiens de la côte, les costeños, ont un rapport au temps plus lent que dans la capitale, plus rieur aussi. Se caler sur leur rythme, ralentir avec eux, c'est la seule façon de tenir sans détester la moiteur.

Jours 20 et 21 : le choix final, Ciudad Perdida ou les îles

C'est ici que la troisième semaine donne sa plus belle carte. Deux fins possibles, radicalement opposées.

La première, pour qui a des mollets et l'envie de sueur : le trek de la Ciudad Perdida, quatre jours aller-retour dans la Sierra Nevada pour atteindre une cité indigène plus ancienne que le Machu Picchu, cachée dans la jungle. Chaleur, boue, rivières à traverser, nuits en hamac. Ce n'est pas une promenade et il faut réserver avec une agence agréée, mais ceux qui l'ont fait en parlent des mois après. Attention au calage : ce trek à lui seul mange presque toute la dernière semaine, donc soit on le fait, soit on garde Cali et les îles, rarement les deux.

La seconde fin, plus douce : un vol vers San Andrés puis un petit avion vers Providencia, l'île préservée de l'archipel colombien perdu dans la Caraïbe, à mille kilomètres du continent. Eau dans les sept nuances de bleu, récif immense, créole aux accents anglais, rythme au ralenti total. Après trois semaines de route, finir là, à ne rien faire du tout, c'est presque de la triche. Et c'est exactement ce dont on a besoin avant de reprendre l'avion.

Mon déroulé jour par jour, en un tableau

Voilà l'ossature que j'ai suivie. À moduler selon vos envies et l'option de fin retenue. Les nuits sont indicatives, les transports aussi : tout se réserve et tout bouge, alors gardez du mou.

SegmentÉtapesNuitsTransport
Jours 1-3Bogotá (acclimatation, Candelaria, Monserrate)2Vol international, à pied et taxi
Jours 3-5Villa de Leyva et alentours2Bus ou voiture, 3 h 30 depuis Bogotá
Jours 6-9Salento, vallée de Cocora, finca de café3Retour Bogotá puis vol vers Pereira ou Armenia
Jours 10-13Medellín et excursion à Guatapé3Vol court, 1 h, ou route de montagne
Jours 14-15Cali et soirée salsa (option)1Vol interne, 1 h
Jours 16-17Carthagène, vieille ville2Vol vers la côte
Jours 18-19Santa Marta et parc Tayrona2Route, environ 4 h
Jours 20-21Ciudad Perdida OU San Andrés et Providencia2 à 4Trek encadré, ou vols vers l'archipel

Le rythme, les vols internes et les journées sans programme

Le vrai piège des trois semaines, c'est de croire qu'on a le temps pour tout. On ne l'a pas. La Colombie est immense et découpée par ses trois cordillères, ce qui veut dire que rien n'est proche de rien. Sans les vols internes, ce tour serait impossible : on passerait ses nuits dans les bus. J'ai donc pris l'avion sur les longues liaisons, Bogotá vers la zone café, la zone café vers Medellín, et surtout vers la côte. Les compagnies domestiques sont nombreuses et les billets abordables si on s'y prend un peu à l'avance. Pour tout le reste, bus de nuit confortables et taxis, j'en parle plus longuement dans mon guide du transport en Colombie.

Ma seule vraie règle, c'est le jour blanc. Une journée par grande étape sans rien noter dans le carnet. À Salento, ça a été un balcon et la pluie. À Medellín, un marché de quartier trouvé par hasard. À Providencia, littéralement rien, et c'était parfait. Ce sont ces vides qui font qu'on rentre reposée plutôt que rincée. Trois semaines mal découpées fatiguent plus que deux bien pensées.

Un dernier mot sur la souplesse. Ne verrouillez pas tout depuis chez vous. Réservez les vols internes et la première nuit de chaque étape, laissez le reste ouvert. La Colombie récompense ceux qui traînent, qui prolongent, qui écoutent le conseil d'un parcero (un pote, un copain, ici on dit ça à tout bout de champ) croisé la veille. Mon plus beau souvenir du voyage n'était pas sur mon itinéraire de départ. Il ne l'est jamais.

Teste-toi

Pourquoi la troisième semaine change-t-elle vraiment un itinéraire en Colombie ?

Questions fréquentes

Non, c'est même le format qui m'a le plus reposée. La Colombie est immense et découpée par ses cordillères, alors 21 jours servent surtout à ralentir. Sans cette durée, on court d'une étape à l'autre.

Oui, franchement c'est indispensable sur les longues liaisons comme Bogotá vers la côte. J'ai gardé les bus pour les trajets courts. Sinon on passe ses nuits sur la route et on rentre épuisé.

Ça dépend de votre énergie de fin de séjour. Le trek de la Ciudad Perdida, c'est quatre jours de jungle et de sueur. Providencia, c'est l'inverse, ne rien faire du tout au bord de l'eau. Rarement les deux, faute de jours.

Bien sûr. Cali vaut surtout pour la salsa et son énergie du soir. Si la danse ne vous parle pas, sautez l'étape et offrez-vous deux jours de plus sur la côte Caraïbe.